L’environnement parmi les grands perdants du plan budgétaire 2021-2022

Par , ,

L'environnement est sans contredit un des grands perdants du budget 2021-2022, surtout si on le compare à celui de l’an dernier. La volonté affichée lors du précédent exercice d'assurer un leadership en environnement a vite été oubliée, l’environnement étant cette fois-ci réduit à une fonction de soutien à « la transition vers la nouvelle économie ». Les mesures environnementales, qui totalisent 58,1 M$ en 2021-2022, se perdent dans le volet économique du budget. Le terme « gaz à effet de serre » (GES) n'apparaît quant à lui que 5 fois dans le présent budget, alors qu’on y faisait mention plus de 20 fois dans le budget 2020-2021.

Le budget présenté aujourd’hui par Eric Girard représente en ce sens une occasion manquée de faire de l’environnement une priorité aux côtés de la santé et de l’éducation dans la relance post-COVID, une approche pourtant nécessaire pour atteindre l’objectif de bâtir une économie résiliente.

Rappelons que le Plan pour une économie verte du gouvernement du Québec (PEV) vise une réduction des émissions de GES de 37,5 %, soit de 29 millions de tonnes de GES. Or, les mesures annoncées dans le PEV ne couvrent pas la moitié de cet objectif et le présent budget ne fait rien pour améliorer la situation. Pourtant, investir massivement dans une relance économique verte aurait pris tout son sens cette année et permis d’avoir un effet structurant sur le développement économique.

Sachant que le secteur des transports est responsable de 44% des émissions de GES du Québec, l’atteinte des cibles comprises dans le PEV nécessite l’adoption de mesures ambitieuses pourtant absentes de ce budget. En transport en commun, le gouvernement se contente d’investissements déjà annoncés. Certes, il est possible que les émissions liées au transport diminuent à court terme, notamment grâce aux mesures de confinement imposées au printemps 2020 et à la fermeture temporaire de certaines industries en réaction à la pandémie de COVID-19. Par contre, le plan budgétaire actuel ne respecte pas l’objectif de parité entre les investissements routiers et pour l’électrification des transports, qui s’élèvent à 2,6 milliards de dollars, et ceux dédiés à l’amélioration du transport collectif, qui n’atteignent que 1,5 milliard de dollars sur dix ans. 

Cela dit, le gouvernement fait fausse route en misant uniquement sur ce secteur pour améliorer le bilan carbone du Québec. Ainsi, une autre lacune de ce plan budgétaire réside dans le fait qu’il oublie que la relance économique risque de causer une hausse des émissions. Le gouvernement semble carrément abandonner l’idée de diminuer les GES du secteur industriel, un secteur où des hausses sont prévues d’ici 2024, mais pour lequel aucune mesure n’est mise de l’avant. Encore une fois, la relance économique aurait été une occasion en or de participer à modifier les pratiques des plus grands pollueurs du Québec. 

Les objectifs importants du gouvernement en environnement apparaissent déconnectés des moyens financiers qu’il se donne par ailleurs pour les réaliser. Par exemple, si le gouvernement fait preuve d’audace en proposant d’appuyer des « initiatives en économie circulaire », avec un financement de seulement 6 millions sur deux ans, cette mesure ressemble davantage à un exercice de marketing qu’à une politique permettant de s’attaquer sérieusement au réchauffement climatique.

Le budget prévoit aussi des petits montants pour certaines filiales « vertes » telles que la biométhanisation et l’hydrogène vert (20 M$ sur 5 ans), l’optimisation de la gestion des eaux usées (1,8 M$ sur 5 ans) et le développement durable du secteur minier (1,6 M$ sur 5 ans), ce qui permet de soutenir le développement de certaines entreprises sans toutefois se donner les moyens pour bâtir une économie résiliente sur le plan environnemental.

En somme, l’environnement et la réduction des gaz à effet de serre comptent parmi les grands perdants du nouveau plan budgétaire. Pourtant, si le Québec s’était donné un cadre pour réduire ses émissions de GES aussi élaboré et contraignant que celui dont il s’est doté par le passé pour revenir à l’équilibre budgétaire, il aurait pu avoir bon espoir de surmonter la crise climatique.  

 

Dernière mise à jour: 26 mars à 6:30.

 

VOUS AIMEZ LES ANALYSES DE L'IRIS? SONGEZ À DEVENIR MEMBRE!

 

Commentaire sur l'article