L'austérité était une erreur et elle laissera des traces

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Loin d’être une « vue de l’esprit » comme le prétendait Philippe Couillard, les politiques de restrictions budgétaires ont eu des effets concrets et permanents tant sur nos services publics que sur les personnes qui en font usage. Il ne s’agit pas ici d’évidences anecdotiques : la Protectrice du citoyen a publié un rapport accablant à cet effet. Au contraire d’avoir « coupé sans affecter les services », l’austérité a été ressentie de plein fouet par les personnes vulnérables.

On nous dira que ce n’était pas de l’austérité puisque les dépenses du gouvernement ont continué d’augmenter tout le long du mandat libéral, mais ce serait oublier la hausse du coût de la vie, la croissance démographique et l’évolution des besoins. En fait, ce sont près de 8 milliards de dollars d’efforts supplémentaires que le PLQ a imposés à la population. Par ailleurs, est-il nécessaire de rappeler que la « croissance » des dépenses en santé cachait en réalité des hausses de rémunération faramineuses pour les médecins et peu d’argent pour les services eux-mêmes ?

Malgré leurs effets négatifs, les compressions étaient-elles nécessaires ? Il existe deux manières de répondre à cette question.

La première est d’examiner les justifications derrière l’austérité. Seulement 18 jours après l’élection du PLQ, un rapport a laissé entendre que, contrairement aux pratiques de gestion budgétaire en vigueur, toutes les demandes des ministères et organismes seraient automatiquement acceptées, gonflant artificiellement l’estimation des dépenses. Cela a donné l’illusion d’un « trou béant dans les finances publiques » qu’il fallait corriger de toute urgence.

Pourtant, malgré la crise économique récente, l’économie du Québec allait plutôt bien. De plus, nous a-t-on dit, le poids de la dette publique asphyxiait la croissance du Québec. On se basait alors sur des conclusions du Fonds monétaire international qui a depuis reconnu que ses calculs pour justifier l’austérité ne fonctionnaient pas. Au contraire, pour produire de la croissance, la théorie économique suggère d’effectuer des investissements afin de réduire les inégalités.

Deuxièmement, on peut se demander à quel point l’austérité explique la situation économique exceptionnelle du Québec. Si le PLQ n’avait pas imposé sa « rigueur » au début du mandat, parlerait-on quand même de plein-emploi et de croissance économique aujourd’hui ? 

Plusieurs éléments jouent en défaveur de la théorie de l’austérité salvatrice. D’une part, la croissance québécoise est fortement liée à la santé économique des États-Unis. Ajoutée à la baisse de la valeur du dollar canadien, elle explique en grande partie la force de la relance. Tout ça est complètement indépendant de la manière dont les libéraux ont gouverné le Québec. 

D’autre part, l’austérité a été imposée alors que le Québec se relevait tranquillement d’une récession, ce qui a participé à étouffer un moteur traditionnel de croissance, soit les investissements publics. Il ne restait que l’investissement des entreprises, pas très dynamiques à la sortie d’une crise, et la consommation des ménages (financée à coup d’endettement). Efficace ? Certainement pas. Le PLQ a dû, à plus d’une reprise, revoir à la baisse ses prévisions de croissance les premières années de son mandat.

L’austérité, en plus d’avoir des répercussions négatives sur les personnes qui avaient le plus besoin d’aide, s’est avérée injustifiée et inefficace. En revanche, si l’objectif était de réformer l’État en augmentant la participation du privé dans la santé, l’éducation ou encore les services de garde, on peut dire : « Mission accomplie ! » À terme, les économies générées sont marginales, mais c’est derrière des portes closes que se prennent maintenant les choix collectifs.

Ce billet est d'abord paru sous forme de lettre dans l'édition du 2 avril 2018 de La Presse.

 

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