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La politique du charognard

2 Décembre 2013

  • Guillaume Hébert

Le 28 juillet 2009, l’armée du Honduras décide d’en finir avec l’élan démocratique du pays. Coup d’État. On attrape le président chez lui en pyjama, on le met dans avion et on l’expédie à l’étranger. Les classes dominantes du Honduras ne voulaient plus rien savoir de ce président, Manuel Zelaya, qui s’était mis en tête de réécrire la Constitution du pays, le 2e plus appauvri des Amériques, après Haïti. Quelques assassinats et quelques tractations plus tard, une nouvelle élection est organisée et un nouveau président est élu. Le Canada peut maintenant entrer en scène.

Il y a une semaine, c’était les élections générales au Honduras. Il s’agissait des premières « véritables » élections depuis le coup d’État de 2009. Celles qui avaient eu lieu quelques mois après cet événement avait surtout servi à avaliser le putsch des élites. Xiomara Castro, l’épouse du président Zelaya renversé en 2009, était candidate à la présidence pour le parti LIBRE (Libertad y Refundacion). Au moment d’écrire ces lignes, le parti de la candidate Castro ainsi que d’autres formations politiques contestent les résultats de l’élection en raison des nombreuses irrégularités dont elle a fait l’objet.

Peu de gens le savent, mais le Canada est un acteur important au Honduras, surtout depuis qu’un gouvernement démocratiquement élu a été renversé. Le gouvernement conservateur qui, on le sait, préfère le commerce à la coopération internationale, y a certainement vu une opportunité d’affaires. Ce n’est pas quelques dizaines d’assassinats politiques qui allaient réfréner ses ardeurs. Le premier ministre Stephen Harper est devenu le premier leader étranger à visiter le pays après le coup d’État de 2009. Quelques semaines avant l’élection du 24 novembre, Harper a fait une fleur au gouvernement des putschistes en signant un accord de libre-échange avec cette petite république d’Amérique centrale.

Cet accord n’a pas reçu beaucoup d’attention médiatique, et il a été paraphé avec le Honduras en dépit de la situation catastrophique des droits humains dans ce pays. Avec un taux d’homicide à 85,5 par 100 000 habitants, le plus élevé du monde, tuer des opposants est devenu routinier au Honduras. Après le coup d’État, au moins 34 opposants au coup d’État ont été tués (300 autres cas sont considérés suspects), 34 paysans ont perdu la vie dans des conflits liés à la terre, une dizaine de journalistes ont été assassinés tout comme une trentaine de membres de la communauté LGBT. Le décompte des militant.e.s de partis politiques tués dans le contexte pré-électoral de la dernière année donne froid dans le dos ; il dépasse la trentaine. Il y a des précédents canadiens en Amérique latine, le libre-échange avec la Colombie, par exemple. Entré en vigueur en août 2011, cet accord avec un pays où l’assassinat de syndicalistes est un sport national a suscité la controverse. Mais comme pour le Honduras, le gouvernement fédéral ne fait pas la fine bouche au moment de faire tomber des barrières tarifaires.

Au-delà du capital symbolique offert par la diplomatie canadienne aux dirigeants du pays, les gros joueurs sont ailleurs. Ils sollicitent des concessions minières, ils possèdent des ateliers de misère (maquiladoras) ou encore ils préparent le Honduras à recevoir du tourisme de masse, quitte à déposséder des communautés autochtones. Des entreprises canadiennes participent à chacune de ces « avancées » au Honduras.

Voilà comment on dispose tranquillement de la « bonne image » du Canada à l’étranger. Déjà, elle avait été sérieusement amochée depuis une dizaine d’années par les aventures militaires en Afghanistan, en Irak ou en Libye, mais c’est aussi en raison des politiques environnementales et de la diplomatie minière que la réputation du pays a changé. Saviez-vous que 70% des minières du monde sont enregistrées au Canada? Leur trouver des ressources à exploiter est devenu une priorité pour le gouvernement canadien.

Au Honduras, le gouvernement canadien n’a pas hésité à venir se poser sur le cadavre encore chaud de la démocratie hondurienne pour s’emparer de quelques bons morceaux.

L’auteur a pris part à une délégation d’observateurs internationaux au nom de l’ONG québécoise Alternatives.

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