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La crise de la zone euro : un point de vue hollandais

4 juin 2012


Tenter d’identifier les acteurs centraux qui prennent en charge la crise de la zone euro ressemble à chercher une aiguille dans une botte de foin : un nombre infini d’institutions et de pays plus ou moins puissants sont en apparence responsables du sauvetage de l’Union économique et monétaire en Europe. Aucune institution n’est toutefois plus importante que la Banque centrale européenne (BCE). En partenariat avec les banques centrales nationales de la zone euro – qui forment par  ailleurs son conseil de gouvernance, « l’Eurosystème » – la BCE est à l’origine des récentes injections de liquidités aux banques ayant permis l’achat de dette souveraine et, ce faisant, ayant préservé pour le moment l’essence du projet européen.

Dans les medias, la BCE est citée plus souvent que n’importe quel autre pays ou institution à titre d’architecte du sauvetage de la zone euro. Comme le montre le graphique suivant, les achats de primes d’assurances contre les défaut de paiements (CDS) a atteint des proportions très élevées depuis six mois, un symptôme de la turbulence économique. La BCE ne prendra pas pour autant le crédit pour l’accalmie finalement survenue en 2012. Son indépendance politique face Conseil européen ne garantit pas qu’elle puisse agir en toute aisance, comme l’a montré les demandes d’austérité accrue qu’elle a formulée à l’endroit des gouvernements du Sud de l’Europe. Menée par Mario Draghi, la BCE a cherché à régler la crise de la zone euro par le biais de deux gestes fondamentaux.

D’abord, la BCE a entrepris d’acheter des obligations gouvernementales sur le marché secondaire. Ces mesures étaient nécessaires pour que les investisseurs maintiennent leur confiance dans la zone euro, mais surtout pour les rassurer face aux déboires des membres du Sud de l’Europe. La pression venue des pays du Nord comme les Pays-Bas a limité l’expansion de ces emprunts, qui ultimement pèse sur le bilan des banques centrales des pays. L’impact est important puisque les banques centrales, incluant la Banque centrale des Pays-Bas, ont accumulé des milliards d’euros de ces emprunts dans leurs livres.

En second lieu, la BCE a accordé aux banques près de mille milliard (selon un procédé intitulé LTRO). Ces prêts ont permis l’injection de liquidités dans le système bancaire afin d’éviter une autre crise du crédit (« credit crunch »). Les liquidités rendent possibles ce crédit mais l’essentiel servira à remplir les besoins de capitaux exigés par les accords de Bâle III. Elles ont également eu pour effet de réduire les taux d’intérêts des emprunts réalisés par les gouvernements du Sud de l’Europe. Durant les dernières semaines, le président de la Banque centrale des Pays-Bas, Klaas Knot, a laissé sous-entendre que cette mesure est extraordinaire. Il apparaît plutôt favorable à ce que la zone euro évolue vers un modèle européen de supervision garantissant la santé du système financier et l’absence de « banques zombies ».

Ce printemps, l’Eurosystème semble se diriger vers une plus grande stabilité. Les développements politiques récents, tels que la chute du gouvernement néerlandais (l’un des onze gouvernements ayant connu ce sort durant ou à cause de la crise de l’euro) et plus encore les élections en Grèce et en France, montrent comment l’Europe doit consolider des institutions tels que la BCE afin de recouvrer une stabilité salvatrice.

Bien entendu, il ne s’agit que d’un côté de la médaille. Le rôle de la BCE ne peut être compris comme celui d’une entité isolée des débats foncièrement politiques qui ont cours sur la façon de gouverner la zone euro. En vertu de ce que certains désignent comme un rôle héroïque, la BCE a lancé la balle dans le camp de l’Europe politique. Au moment où nous devons apprendre à naviguer en eaux troubles pour quelques temps encore, les Européens peuvent néanmoins se montrer prudemment optimiste face à l’avenir.

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