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L’économie est aussi une femme

8 mars 2012


Vous le savez, je le sais, tout le monde le sait. Les femmes sont non seulement de plus en plus scolarisées, elles représentent également la majorité des étudiant·e·s inscrit·e·s à l’université, tant au premier cycle que dans les programmes de deuxième cycle. Dans les prochaines années, votre médecin a de fortes chances d’être une femme, tout comme l’avocat·e qui saura vous défendre. Les choses changent, la société change.

Mais pas partout. L’économie est l’un de ces domaines où les femmes demeurent minoritaires. Leur rareté dans les salles de cours explique en partie leur rareté ailleurs. En effet, pour enseigner l’économie, gagner de prestigieux prix ou être reconnue comme une sommité mondiale, il faut d’abord  être passé par l’université.

Ainsi, ce n’est qu’en 2009 que la première et seule femme gagne le prix Sveriges Riksbank (aussi appelé prix Nobel d’économie), et ce conjointement avec un homme. Elinor Ostrom, économiste étasunienne, s’est mérité le prix pour son travail sur la gouvernance des biens communs. Ses recherches portent spécifiquement sur la gestion collective des ressources communes (notamment dans l’exploitation d’écosystèmes) et permet de démontrer le succès d’une telle approche dans un développement réellement durable et pérenne.

Au Québec aussi, on entend peu parler d’économie par des femmes. Bien entendu, nous avons eu Monique Jérôme-Forget comme ministre des finances, et Nathalie Elgrably-Lévy est toujours prête à signer comme économiste (même si c’est en gestion qu’elle a étudié). Les Sylvie Morel et autres Ruth Rose viennent rarement commenter les actualités économiques. Et même dans notre institut, les femmes sont peu nombreuses et les convaincre de se joindre à l’équipe peut être ardu.

Pourquoi est-ce que l’économie est tant un boy’s club? Serait-ce parce qu’encore aujourd’hui, la rationalité « masculine » des chiffres s’oppose à l’émotivité « féminine » du vécu? Serait-ce parce que le pouvoir économique demeure encore surtout dans les mains des hommes? Serait-ce parce qu’à force d’avoir été dominé par des économistes masculins qui traitent les enjeux à leur manière, on s’imagine que l’économie, c’est ça, c’est comme ça et c’est tout?

Pourtant, l’économie, ce n’est pas « que » la rationalité de l’homo œconomicus qui cherche à maximiser son profit à chaque « transaction » de sa vie. Il existe d’autres modèles, d’autres manières d’envisager les relations économiques et sociales, d’autres approches que l’économétrie si prisée dans les départements d’économie aujourd’hui. L’économie peut être pensée sur d’autres bases qui intègrent d’emblée les rapports de genre et de domination sans les considérer comme des phénomènes exceptionnels. D’ailleurs, devant l’échec des économistes à la fois de prévoir la crise dans laquelle nous sommes et à la fois de nous en sortir, il pourrait sembler logique d’essayer de réfléchir l’économie autrement.

Cela dit, il ne faut pas non plus donner dans l’angélisme. En économie comme en politique, le sexe et le genre sont des facteurs parmi d’autres qui déterminent notre vision du monde. Toutefois, également comme en politique, voir plus de femmes s’intéresser au sujet, prendre position, investir l’espace public, devenir des références médiatiques et académiques ne peut pas faire de tort.

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