Inégalités : le modèle américain

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Après le rapide portrait dressé au cours des deux dernières semaines par Jim Stanford et Guillaume Hébert sur les milliardaires canadiens et québécois et l’incroyable accumulation de richesse s’effectuant entre leurs mains, faisons maintenant un détour au sud de la frontière, question de poser notre regard sur les inégalités de revenus aux États-Unis, car en cette matière, les États-Unis sont indéniablement dans les ligues professionnelles.

En 2007, les 10% des américains les plus fortunés possédaient les 2/3 des richesses du pays, et même parmi cette élite privilégiée, une autre infime minorité accaparait la plus grande part du gâteau, puisqu’à eux seuls, les 1% des plus riches possédaient à ce moment un peu plus du tiers de la richesse.

Depuis le début du mouvement Occupons Wall Street en septembre 2011,  nous avons beaucoup entendu parler du « 1% ». La crise économique de 2008, les sommes astronomiques investies pour sauver les banques et la situation encore fragile de l’économie mondiale ont fait prendre conscience à plusieurs personnes que le problème n’est pas la création de la richesse, mais bien dans la distribution de celle-ci. Un dossier sur les inégalités publié par le magazine Mother Jones au printemps dernier fait ressortir plusieurs aspects intéressants de cette question. Soulignons entre autre un sondage réalisé par un professeur de la Harvard Business School et un économiste de l’Université de Duke qui ont interrogé 5000 américains pour connaître leur perception de la distribution de la richesse aux États-Unis.

Tiré de http://motherjones.com/politics/2011/02/income-inequality-in-america-chart-graph

Nous voyons tout de suite que la perception des américains sur la redistribution de la richesse est beaucoup plus optimiste que ce qu’elle est en réalité et ce qu’ils souhaiteraient qu’elle soit. Les américains sont tout à fait conscients des inégalités de revenus, mais ils ne voient pas à quel point ces inégalités sont grandes. Plusieurs pensent être parmi les quintiles supérieurs, alors qu’ils sont très loin de faire partie de ces privilégiés. Encore une fois, même parmi le quintile du « top 20% », les disparités sont immenses, puisque la majorité des gains des dernières décennies ont été accaparés, non par le « 1% », mais  bien par le 0,01% des américains les plus riches. Un centième de un pourcent… L’inégalité de la répartition des revenus est flagrante.

Dans une étude sur les inégalités de revenus publiée la semaine dernière par l’OCDE, on souligne qu’au cours des deux dernières décennies, les inégalités de revenus ont augmenté dans la plupart des pays de l’OCDE. Les États-Unis ne font pas exception. Ils sont mêmes parmi ceux où les inégalités ont le plus augmenté au cours des dernières décennies.

Dans les pays de l’OCDE, le revenu moyen du décile le plus riche de la population est aujourd’hui environ neuf fois celui du décile le plus pauvre, alors qu’aux États-Unis, le revenu moyen du décile le plus riche est 14 fois celui du plus pauvre. Cette augmentation des inégalités est le fruit de nombreuses années de politiques fiscales favorables aux plus fortunés, par un abaissement de l’impôt progressif et l’augmentation des tarifs de toutes sortes. Pourtant, même l’OCDE conclue que cet accroissement des inégalités n’est pas inéluctable, mais pour réussir à réduire l’écart croissant, il faut revoir les politiques fiscales redistributives afin que la richesse ne s’accumule pas sans fin chez le centième de un pour cent. À cet égard, le modèle anglo-saxon qui tend influencer les politiques économiques mondiales devrait plutôt être considéré comme un modèle à éviter à tout prix.

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