État québécois et communautés autochtones : l’histoire de la Révolution tranquille mérite d’être relue

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La Commission Viens, qui s’est penchée pendant deux ans sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, déposait hier son rapport

Celui-ci met en lumière les manquements de l’État québécois envers les Autochtones en matière d’accès aux services publics. Le juge Jacques Viens conclut de manière limpide à une discrimination systémique à l’endroit des Autochtones :

« Au terme de l’exercice, il me semble impossible de nier la discrimination systémique dont sont victimes les membres des Premières Nations et les Inuit dans leurs relations avec les services publics ayant fait l’objet de l’enquête. Si les problèmes ne sont pas toujours érigés en système, une certitude se dégage en effet des travaux de la Commission: les structures et les processus en place font montre d’une absence de sensibilité évidente aux réalités sociales, géographiques et culturelles des peuples autochtones. Résultat: en dépit de certains efforts d’adaptation et d’une volonté manifeste de favoriser l’égalité des chances, de nombreuses lois, politiques, normes ou pratiques institutionnelles en place sont source de discrimination et d’iniquité au point d’entacher sérieusement la qualité des services offerts aux Premières Nations et aux Inuit. Dans certains cas, ce manque de sensibilité se solde même par l’absence pure et simple de service, laissant des populations entières face à elles-mêmes et sans possibilité d’agir pour remédier à la situation. » (Rapport synthèse, p. 11)

L’héritage colonialiste se trouve au premier rang des causes qui expliquent cette situation déplorable : « Les rapports inégaux instaurés ont dépossédé les peuples autochtones des moyens susceptibles de leur permettre d’assumer leur propre destin et ont nourri au passage une méfiance certaine envers les services publics. […] Ajoutons à cela le fait que les politiques colonialistes ont pavé la voie à la mise en place de systèmes et d’organisations dominés par une volonté de normalisation qui ont très peu à voir avec les savoirs et les traditions autochtones. » (Rapport synthèse, p. 12) La méconnaissance des réalités autochtones, la persistance de préjugés à leur endroit, ainsi que l’intervention inconstante et fragmentaire de l’État expliquent aussi le traitement inéquitable et inadéquat que subissent ceux et celles qui interagissent avec des employé·e·s du secteur public. De ces constats sont tirés 142 appels à l’action transversaux qui consistent en autant de mesures dont la mise en œuvre contribuerait à remédier à la situation qui a été portée à l’attention de la commission.

Les conclusions qu’avance la Commission Viens nous amènent à penser que si l’on remontait le fil du temps, on constaterait en fait que c’est la consolidation même de l’État-providence québécois qui a reposé sur cet impensé : celui de la situation particulière des Autochtones au sein de la société québécoise, des rapports coloniaux qui ont marqué les relations entre Autochtones et non-Autochtones et des torts qui leur ont été infligés depuis le début de la présence européenne en Amérique. Dans son livre Contre le colonialisme dopé aux stéroïdes, qui raconte les négociations de la convention de la Baie-James et du Nord québécois à partir du point de vue inuit, Zebedee Nungak montre par exemple l’ignorance et l’attitude colonialiste du gouvernement québécois à l’endroit des communautés autochtones dans la mise en œuvre des projets de barrages hydroélectriques dans le Nord du Québec et en Jamésie. L’exploitation du potentiel hydroélectrique du territoire québécois était un des piliers du nationalisme de l’époque. Or, non seulement l’ambition de devenir « Maîtres chez nous » ne tenait pas compte de la présence ancestrale des Premières nations et des Inuit sur le territoire, elle s’est même fondée sur la reconduction du colonialisme britannique puis canadien par le gouvernement québécois (qui avait par exemple entrepris de franciser les noms des villages inuits…).

Refonder les institutions publiques pour mieux les mettre au service de l’ensemble de la société québécoise, et ce dans le respect des particularités de chacune des nations qui la composent, ne pourra ainsi se faire sans que l’on revisite notre histoire collective. C’est sans contredit un des angles morts de notre ouvrage Dépossession, dont le deuxième tome, qui s’intéresse aux transformations des institutions phares de la Révolution tranquille et revisite l’héritage de cette époque charnière, est en librairie depuis quelques jours. Pourtant, enrayer le processus de dépossession que nous identifions ne pourra se faire sans que la question autochtone ne soit prise en compte et sans que l’on ne questionne plus avant le rapport de l’État et de ses institutions avec les communautés autochtones. Il s’agit à n’en pas douter d’un point de départ nécessaire pour ne pas répéter les erreurs du passé.

Commentaire sur l'article

Yves Legault

Il semble que le gouvernement du Québec, quand il désire négocier avec les premières nations, doit toujours prendre compte de la position du gouvernement fédéral.

Or, tout le monde sait for bien que le fédéral met des bâtons dans les roues du développement québécois partout ou il le peut. Les autochtones en sont directement victimes.

Il faut donc sortir le fédéral des négociations, puisqu'il a démontré, à chaque fois, un manque d'honnêteté flagrant face à tous les citoyens! Le problème est que le fédéral possède à la fois un pouvoir exclusif sur les autochtones et un agenda d'assimilation de tout ce qui n'est pas WASP au Canada.

Pourtant, l'autorité fédérale a été créée pour servir au bien-être des provinces...

L'impérialisme et le colonialisme britannique n'a que faire des intérêts d'une minorité.
Son MOTUS OPERANDI est clairement "assimilation" ou "génocide"!

Malheureusement, les politiciens du Québec sont attirés par cette approche destructrice et inhumaine.

Roméo Bouchard

Comme toujours, vous omettez de rappeler que le régime britannique a profondément modifié le rapport des Canadiens aux nations autochtones en instaurant le colonialisme d'extermination propre aux Britanniques...et vous omettez également de rappeler que dès le début de son premier mandat, le gouvernement Lévesque et l'Assemblée nationale furent les premiers au Canada à déclarer unanimement qu'ils reconnaissaient les peuples autochtones situés sur le territoire québécois comme des nations autonomes distincts ayant droit à s'autogouverner selon leur culture et sur leur territoire propre, et affirmaient la volonté de négocier désormais avec eux de nation à nation. La Convention de la Baie-James, forcée par la résistance des nations cries, inuits et naskapis a finalement servi de premier laboratoire d'une telle négociation, qui reste à poursuivre pour les autres nations. L'auteure oublie aussi de rappeler que la juridiction première sur les premières nations demeure à Ottawa, qui n'a guère progressé dans ce sens et est largement responsable de la détérioration des services aux communautés (réserves fédérales) autochtones. L'auteure devrait suivre elle-même la conseil qu'elle donne de relire l'histoire de la Révolution tranquille, car attribuer la situation actuelle à la Révolution tranquille est particulièrement inexact.