Icône

Aidez-nous à poursuivre notre travail de recherche indépendant

Devenez membre

Mise à jour économique: le calme avant la tempête?

8 Décembre 2022

Lecture

4min


Le ministre des Finances faisait cet après-midi Le point sur la situation financière et économique du Québec. Cette mise à jour économique survient alors qu’Eric Girard prévoit comme la plupart des analystes un ralentissement économique pour 2023. Cette récession pourrait toutefois selon lui avoir peu d’effet sur l’emploi étant donné le nombre important de postes vacants qu’affichent toujours les entreprises (245 875 en septembre 2022), une analyse que plus d’un jugera optimiste. 

D’entendre le ministre affirmer du même souffle que le gouvernement prévoit toujours diminuer l’impôt des contribuables l’an prochain, une mesure qui sera vraisemblablement présentée dans le cadre de l’exercice budgétaire 2023-2024, a de quoi laisser perplexe. Il se priverait ainsi de revenus nécessaires pour faire face au ralentissement à venir. Le gouvernement a d’ailleurs déjà annoncé que, si un tel scénario se réalisait, il prévoyait dépenser à hauteur de 0,5 % du PIB ou 2,5 milliards de dollars pour stimuler l’économie sous la forme d’une aide aux ménages et de dépenses d’infrastructures. Réduire la contribution fiscale des Québécois·es, une mesure qui, comme le soulignait Michel David dans Le Devoir, risque de bénéficier avant tout aux contribuables les plus fortunés, constitue la meilleure manière de mal gérer les finances publiques et de mettre la table pour de futures mesures d’austérité.

Bouclier anti-inflation: des transferts ciblés bonifiés

La principale mesure présentée aujourd’hui est la bonification importante du crédit d’impôt pour le soutien aux aîné·e·s. Lors de la mise à jour économique de 2018, le gouvernement caquiste avait annoncé la création de ce crédit qui avait alors été fixé à 200$ pour une personne seule de 70 ans et plus, avant d’être progressivement haussé à 411$. Il est cette fois-ci porté à 2000$ en vue de la déclaration d’impôts de 2022 et bénéficiera à 1,1 million d’aîné·e·s. La mesure est positive puisqu’elle permet de cibler une population largement vulnérable, soit les personnes âgées. Le gouvernement note que 65% des personnes qui recevront cette aide gagnent moins de 25 000$ par année. 

Autre mesure de son bouclier anti-inflation, le gouvernement verse un nouveau montant ponctuel d’un maximum de 600$, une mesure qui touchera 6,5 millions de Québécois. Il échoue ce faisant une fois de plus à concentrer ses efforts vers les groupes les plus démunis. En effet, le quart des montants versés iront à des personnes dont le revenu net individuel est supérieur à 54 000 $. Jusqu’à 100 000 $, celles-ci recevront 400 $, un montant qui diminue ensuite graduellement pour atteindre 0$. Cette mesure aurait pu être nettement plus progressive.

Notons par ailleurs que la plupart des autres mesures de cette mise à jour représentent en fait une bonification de mesures qui avaient déjà été annoncées par le gouvernement dans la dernière année.

Situation budgétaire du gouvernement: jusqu’ici tout va bien

La mise à jour économique se fait sous le signe de l’incertitude. Le ministre a présenté deux scénarios de croissance, soit un scénario « de base » prévoyant une hausse de 0,7 % du PIB et un scénario « alternatif », en cas de récession, de recul de 1,0% du PIB. Chose certaine, les perspectives se sont assombries, d’autant plus que, comme l’affirme le ministre, la hausse de 400 points de base du taux directeur depuis mars 2022 par la Banque du Canada n’a pas encore pleinement atteint l’économie québécoise. 

En somme, le ministre Girard risque donc de voir les résultats de l’exercice budgétaire s’éloigner de ses projections, comme c’est le cas depuis plusieurs années au Québec. Depuis l’ère Carlos Leitão, ministre des Finances dans le gouvernement libéral de Philippe Couillard, on se retrouve systématiquement avec des résultats budgétaires bien meilleurs que ce qui avait été prévu en début d’année. Cette année encore, malgré les risques élevés de récession, le ministre Girard a revu à la baisse le déficit prévu (avant utilisation de la réserve de stabilisation) pour 2022-2023. Il a diminué par rapport à ce qui avait été calculé en mars 2022, passant de près de 6,5 milliards de dollars à 5,2 milliards de dollars.

Icône

Restez au fait
des analyses de l’IRIS

Inscrivez-vous à notre infolettre

Abonnez-vous

Partager

Commenter la publication

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 comment

  1. En attendant, le pouvoir de créer et d’utiliser l’argent-dette reste entre les mains des banques privées.
    C’est pourtant la cause de la majorité des maux de la civilisation actuelle avec l’inflation et la concentration de la richesse en tête!