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Les prévisions budgétaires irréalistes du ministère des Finances

2 juin 2022

Lecture

4min

  • Guillaume Hébert

À force d’être aussi loin de la réalité, les prévisions budgétaires du ministère des Finances du Québec vont-elles perdre en crédibilité ? Une fois de plus cette année, l’IRIS prévoit que la situation budgétaire du Québec sera bien moins sombre que ce que projette le gouvernement. Certes, des événements imprévus – une pandémie par exemple – peuvent modifier radicalement les projections réalisées par un gouvernement en début d’exercice, mais il s’avère que cette « tradition » d’imprécision s’est établie bien avant 2020. Ces constats nous forcent à redoubler de prudence face aux prévisions budgétaires du gouvernement, qu’elles soient trop optimistes ou trop pessimistes.

À quoi servent les rapports budgétaires que le gouvernement publie chaque mois ? De l’avis du ministère des Finances du Québec (MFQ), elles ont pour but « d’accroître la transparence des finances publiques et d’effectuer un suivi régulier sur l’atteinte des cibles relatives au solde budgétaire ». Fort bien. Le problème est que les projections publiées par le MFQ s’avèrent tellement loin de la réalité année après année qu’on finit par se demander si la publication de données excessivement pessimistes ne sert pas plutôt des objectifs politiques.

L’année dernière, mon collègue Philippe Hurteau décrivait un exemple de cette récurrence. Pour l’exercice budgétaire 2020-2021, le gouvernement du Québec avait initialement prévu réaliser un déficit de 15 milliards de dollars. Puis lors de la publication du rapport mensuel des opérations budgétaires présentant les résultats des onze premiers mois de l’année, le déficit cumulé n’était plus que de 5,2 milliards. Bizarrement, le gouvernement québécois prévoyait alors toujours un déficit de l’ordre de 12 milliards de dollars, ce qui ne serait possible que s’il creusait son déficit de près de 7 milliards au courant du dernier mois de l’année financière, soit le mois de mars. C’était peu probable et effectivement, ce n’est pas arrivé : l’année s’est terminée avec un déficit de 6,1 milliards de dollars, soit la moitié moins que prévu initialement. À 6,5 milliards de dollars, la projection de l’IRIS s’était avérée bien plus juste.

Rebelote cette année. La situation budgétaire du Québec est bien meilleure que l’anticipait la prévision gouvernementale. Dans le budget de mars 2021, on prévoyait un déficit de 6,5 milliards de dollars pour l’année financière 2021-2022. Or, après 11 mois, les finances du Québec présentent plutôt un surplus de 3,9 milliards de dollars. Le MFQ a donc révisé sa projection pour l’année complète et il s’attend désormais à boucler l’année avec un déficit de 4,6 milliards de dollars. Pour atteindre ce résultat, il faudrait donc que le déficit se creuse de… 8,5 milliards de dollars lors du douzième et dernier mois de l’exercice. Une fois de plus, ce résultat est hautement improbable.

Pourquoi le ministère réalise-t-il des prévisions aussi imprécises ? Pour que le gouvernement puisse ensuite annoncer de « bonnes nouvelles » qui refléteraient sa « bonne gestion » ? Pour réduire les attentes de la population qui autrement pourrait souhaiter une amélioration de l’accès aux services et de leur qualité? Après tout, il est vrai que les coupes néolibérales dans l’État social depuis le milieu des années 1990 ont été justifiées par la nécessité de réduire les dépenses des gouvernements sous prétexte que ces derniers « n’en avaient plus les moyens », selon les autorités.

Peu importe les raisons qui expliquent que les prévisions du ministère des Finances du Québec soient aussi inexactes, elles peuvent amener la population à cautionner de mauvaises politiques publiques. Durant le mandat de Philippe Couillard, le ministre des Finances Carlos Leitão, pourtant auréolé avant son arrivée en politique comme un des meilleurs « prévisionnistes » au monde, avait justifié les politiques d’austérité draconiennes de son gouvernement en présentant un portrait exagérément sombre de l’avenir des finances publiques. On connaît la suite : le déficit zéro a été atteint plus rapidement que prévu, mais d’abord et avant tout en raison de la reprise économique en Amérique du Nord. Le gouvernement québécois s’est par conséquent retrouvé à nager dans les surplus à tel point qu’il est devenu évident que les politiques d’austérité adoptées précédemment étaient tout sauf nécessaires. Pas du point de vue de la santé financière du gouvernement, du moins.

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1 comment

  1. Pourquoi le gouvernement a des prévision aussi pessimistes?
    C’est une année d’élection!

    Comme d’habitude, le parti au pouvoir utilise le gouvernement pour se faire réélire.

    Le budget total du gouvernement approche le 30,000$ par électeur par année.
    Les services offerts à la population ne sont pas à la hauteur!