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Le Hummer électrique ne sauvera pas la planète

17 mai 2022

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3min

  • NV
    Nicolas Viens

Le gouvernement du Québec mise énormément sur l’électrification des transports afin d’atteindre ses engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Or, non seulement cette approche est-elle insuffisante pour lutter efficacement contre la crise climatique, mais elle permet surtout à des entreprises de profiter de cette situation pour empocher des ressources et maximiser leurs profits.

C’est en claironnant sa volonté de contribuer au « développement durable » que le fabricant d’automobiles General Motors (GM) annonçait au mois de mars la construction d’une nouvelle usine de batteries pour véhicules électriques à Bécancour. La nouvelle a reçu un écho favorable dans les médias en plus d’être saluée par le gouvernement du Québec. Or, un élément important de cette nouvelle, mais passé largement inaperçu, est que ces batteries ne sont pas destinées à des voitures électriques, mais bien à une nouvelle série de véhicules électriques de luxe, à commencer par… le Hummer EV.

Dans son communiqué de presse, GM met l’accent sur son engagement en faveur d’un « futur complètement électrique » ainsi que sur son habileté à ériger une chaîne de production « durable ». Les communications de l’entreprise ont visé juste : en adoptant un discours axé sur l’électrification des véhicules comme solution à la crise climatique, l’annonce de cette nouvelle usine a généré très peu de réactions ou de questionnements dans les médias.

Pourtant, on peut difficilement admettre qu’un ancien camion militaire tristement réputé pour sa consommation d’essence aberrante et désormais transformé en véhicule de luxe constitue une avancée écologique une fois électrifié.

Même si le Hummer EV ne consommera pas d’essence, il aura tout de même une empreinte écologique importante. Pesant plus de 4100 kilos, ce véhicule est un véritable char d’assaut dont la batterie est à elle seule plus lourde qu’une petite voiture compacte. La fabrication du Hummer électrique requiert ainsi une quantité énorme de ressources et de matériaux. Et comme si cette nouvelle n’était pas déjà suffisamment à contresens des impératifs liés à la crise environnementale, la construction de la nouvelle usine a nécessité le dézonage de terres agricoles autour du parc industriel de Bécancour.

L’ironie se veut d’autant plus tragique que le lancement du Hummer électrique survient à peine quelques mois après la publication d’un rapport plus alarmant que jamais par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) quant à l’urgence de réduire les émissions mondiales de GES afin de lutter contre la crise climatique.

Le rôle que peuvent jouer les véhicules électriques dans la réduction des émissions est restreint, surtout s’ils sont alimentés par des sources d’énergies non renouvelables. Et encore, ils ne constituent pas une réponse adéquate à une panoplie de problèmes ayant une incidence sur l’environnement tels que l’étalement urbain, la surextraction des ressources ou encore la dégradation des écosystèmes.

En somme, sous la forme de gros véhicules de luxe, les voitures électriques représentent davantage le maintien du statu quo capitaliste, de la fascination pour la civilisation de l’automobile et de la surconsommation. Le Hummer EV n’aide pas à protéger la planète : il sert uniquement à accroître la marge de bénéfices d’entreprises qui n’ont pas de scrupule à profiter de la crise climatique.

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