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La COP26 ou comment inculquer le statu quo néolibéral

14 décembre 2021

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4min

  • HS
    Hani Souaid

Voilà quelques semaines déjà que la COP26 est terminée. Cette conférence des parties, dont l’existence même démontre qu’il y a bel et bien une crise climatique, permet de sensibiliser l’opinion publique et de trouver des solutions à l’échelle internationale en vue de remédier à ce problème planétaire. Or, son bilan représente à bien des égards un échec. Pour les activistes présents à Glasgow, les discours entendus lors de cette COP ne sont que du « blah blah blah » et du « business as usual ». Il est donc primordial de les démystifier pour corriger le tir en matière de lutte contre la crise climatique.

De tous les discours, celui de Bill Gates (suivi de très près par celui de Jeff Bezos) est assez représentatif de la direction prise par la COP26. La solution à la crise climatique que met de l’avant le fondateur de Microsoft obéit à l’approche dominante axée sur les technosciences et favorable au libre marché. Selon cette vision, les politiques économiques doivent bénéficier aux entreprises privées, les seules capables de concevoir des technologies « vertes » nous permettant d’atteindre la cible du « net zéro ». Pour cela, il faudrait non seulement que les gouvernements laissent les entreprises faire, mais en plus, les aident à réduire les coûts de production de ces technologies en les faisant assumer par l’ensemble de la société. Cette socialisation des coûts a pour objectif d’attirer des investisseurs et d’étendre les opportunités d’affaires.

Les solutions prônées par Bill Gates se fondent par ailleurs sur l’idée que les entrepreneurs seraient les plus aptes à trouver des solutions aux problèmes systémiques que sont la crise climatique et la croissance des inégalités. Or, ce culte de l’individu se fait au détriment de l’action collective et légitime des politiques publiques favorables au secteur  privé. 

Cette rhétorique individualiste et en faveur de la libre entreprise fait appel à des mots à la mode tels que « leadership », « engagement unique en son genre », « énergie révolutionnaire » ou « green premium ». Les termes connotés négativement, comme « crise climatique », « échec du capitalisme » ou « élimination des gaz à effet de serre (GES) », sont pour leur part remplacés par le vocabulaire corporatif de « transition verte», de « technologies climatiques » et de « défi net zéro ». De plus, le public est invité à suivre l’exemple de l’entrepreneur en agissant sur la base d’initiatives personnelles philanthropiques visant à donner du pouvoir aux plus vulnérables en leur procurant des outils de résilience climatique.

Or, ce discours prônant des initiatives entrepreneuriales renvoie la responsabilité de la crise climatique et des inégalités sur la société dans son ensemble plutôt que sur l’élite capitaliste qui en est la première responsable. En effet, Oxfam a évalué qu’à l’échelle du globe, les individus formant le 1% le plus riche (tous pays confondus) produisent 30 fois plus de GES par personne que la moitié la plus pauvre de la planète.

L’idée que la solidarité et des mesures collectives comme la redistribution des richesses à travers une fiscalité progressive sont possibles et efficaces se trouve aussi, ce faisant, éliminer de l’imaginaire collectif. Pourtant, comme le montre aussi Oxfam, les milliardaires formant 0,000028% de la population mondiale possèdent autant que 60% de l’humanité.

La cible d’émissions « net zéro » renferme la promesse d’une croissance économique infinie sans impact environnemental. Or, il a été montré et confirmé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), que ce « découplage » n’est pas plausible puisque toute croissance s’accompagne inévitablement de nouvelles destructions environnementales. Comme le montre l’économiste Yanis Varoufakis, cette stratégie discursive vise simplement à privatiser les solutions à la crise climatique au détriment des mesures gouvernementales contraignantes (restrictions des émissions, élimination de l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz, introduction d’une taxe carbone, etc.). Or, sans ce type d’intervention publique, les entreprises poursuivront leur quête de maximisation de profits en continuant à exploiter et polluer la nature.

En somme, la COP26 apparaît comme un lieu de choix, pour l’élite politique et économique mondiale, pour mettre de l’avant l’idée que le marché et les entrepreneurs seraient non pas la cause, mais bien la solution aux crises systémiques. Ce faisant, toute opposition ou entrave à ce discours est jugée anti-progressiste et le statu quo en faveur de la croissance économique et de l’individualisme se trouve légitimé, même après 40 ans d’échec en matière environnementale et sociale.

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