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La bulle financière du carbone

20 mai 2014

  • Bertrand Schepper

Dans un récent billet, j’ai fait une très courte recension des coûts associés aux catastrophes naturelles liées à la pollution. Sans surprise, j’incitais les politicien.ne.s et les économistes traditionnel.le.s à se sortir la tête des sables bitumineux et à regarder en face les dangers liés à la croissance de l’empreinte écologique au pays et dans le monde.

Bien que les coûts liés à la crise climatique soient majeurs, on n’a pas l’impression d’être réellement touché. Bien sûr, des fonds spéciaux financés à même les impôts pourraient servir à payer le prix d’éventuelles reconstructions, mais les effets sur notre avoir personnel semblent somme toute peu importants. Pourtant, l’éclatement de la bulle financière risque mener vers une des crises financières mondiales les plus importantes des dernières décennies.

Voici pourquoi :

On le sait, sans transformer les habitudes de consommation, il est impossible d’atteindre les objectifs environnementaux minimum du budget carbone. Pour le Canada, cela implique plus particulièrement la diminution de la production aux combustibles hydrocarbures non conventionnels. Or, comme le montre le graphique suivant, tout semble indiquer que le pays prendra la direction contraire.

Projet d’expansion de la production de sables bitumineux (M barils/jour)

1 bsv

Comme on le voit, l’exploitation des sables bitumineux en application jusqu’à maintenant rencontre de justesse la limite dite « sécuritaire » pour le Canada. Lorsqu’on regarde les projets approuvés par le gouvernement et annoncés par l’industrie, nous dépassons la catastrophe. Cette situation inquiétante au niveau fédéral l’est d’autant plus qu’il semble que ce soit une norme mondiale. En fait, l’industrie multiplie les recherches afin de trouver diverses sources de pétrole. Toutefois, cette situation ne peut que mener à une impasse, comme le montre le graphique suivant. Déjà, les réserves mondiales d’hydrocarbures disponibles dépassent largement la capacité de la planète à supporter la pollution produite.

Budget carbone mondial, émission de coet réserves mondiales de pétrole et de gaz prouvé

2 bsv

Il serait donc bien naïf de croire que pour encore longtemps le pétrole sera une voie d’avenir. La demande devant le nouveau paradigme environnemental risque donc de diminuer. Déjà certains pays tentent une transition pour sortir de cette énergie. De plus, les énergies les plus polluantes comme les sables bitumineux et les hydrocarbures de schiste risquent d’être les premières à voir les actifs se dévaluer en raison de leur faible rendement. Comme c’est le cas notamment aux États-Unis, les entreprises internationales délaissent le pétrole de schiste. Ainsi, à moyen terme, avec les limites environnementales, on ne pourra pas éternellement exploiter le pétrole.

Malheureusement pour vous et moi, la quasi-totalité des gestionnaires de fonds donne une place prépondérante aux conglomérats gaziers et pétroliers dans leurs investissements. Ce qui veut dire que ce sont en grande partie nos épargnes qui financent les multinationales Suncor, Enbridge, Cenovus Energy, TransCanada Energy, etc.  Il suffit de regarder quelques un des portefeuilles proposés par les groupes financiers privés ici ou encore dans celui-ci pour s’en convaincre. Même la Caisse de dépôt du Québec avec les retraites des Québécois.e.s  tend à favoriser les hydrocarbures « sales » ou le gaz de schiste.

Lorsque l’industrie des hydrocarbures vivra à la fois une baisse de la valeur de ses actifs liés à la baisse de productivité du pétrole et du gaz de schiste et un changement de demande lié à des impératifs environnementaux, l’effet se fera ressentir sur l’ensemble de sphères financières et donc sur l’investissement de retraite d’une vaste part des investisseurs du Canada et des États-Unis (et fort probablement de la planète). Cette situation ne peut que mener à une crise financière majeure qui nous touchera tous et toutes dans notre épargne. Bien sûr, il existe des exemples de portefeuilles d’investissements qui excluent les énergies «  toxiques », mais sans une réelle transition vers une énergie et une économie du 21e siècle. Nous nous condamnons à subir les effets de la bulle financière du carbone.

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