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Hydrocarbures: ne pas laisser l’industrie à elle-même

20 novembre 2013

  • Bertrand Schepper

Chaque année, l’Institut Fraser mène un sondage auprès des dirigeants d’entreprises pétrolières et gazières afin de déterminer où sont les endroits les plus intéressants pour les investissements de cette industrie. Cette année le «  Global Petroleum Survey » réunit les opinions de représentants de 762 entreprises locales ou internationales.

Depuis deux ans, aux yeux de l’Institut Fraser basé à Calgary, le Québec fait piètre figure. L’an dernier, il occupait la 101e place et cette année, il se place au 141e rang sur 157. Ainsi,  il y aurait sur la planète 140 lieux (provinces ou pays) qui ouvriraient plus facilement ses portes aux hydrocarbures que le Québec.  Voyons pourquoi :

1-    Pour l’industrie pétrolière,  le système fiscal québécois est trop compliqué et comporte plusieurs incertitudes;

2-    Investissement Québec a déjà fait savoir qu’il considérait prendre un partenariat sur les profits engendrés par l’exploitation pétrolière et gazière;

3-    Il y a trop de flottements autour des zones naturelles à protéger.

Ce qui  ressort de ce sondage n’est donc pas très surprenant, l’industrie n’apprécie pas les réglementations gouvernementales et l’incertitude qu’elles peuvent créer. Elle n’aime pas que le nouveau régime fiscal soit progressif et soit basé sur les prix du marché et sur la quantité exploitée. Ce qui apparaît un minimum alors que l’ensemble des profits des entreprises minières est justement fixé sur ces paramètres. Ensuite, le fait que Québec veuille avoir une part des actions des entreprises qui exploiteront le pétrole sur son territoire semble aussi un minimum. Surtout si l’on considère que les territoires couverts où se produirait du pétrole étaient généralement détenus par le gouvernement avant d’être cédés pour des bouchées de pain au privé. Vous pouvez voir la petite histoire ici. Finalement, peut-on vraiment en vouloir à la population du Québec de vouloir protéger le territoire québécois alors que les techniques d’extraction du pétrole de schiste sont des plus polluantes. Sachant que la production d’huile de schiste émet 22,7 % plus de COdans l’air que l’extraction de sables bitumineux et qu’elle nécessite d’énormes quantités d’eau,  devrait-on vraiment soumettre des territoires naturels riches en biodiversité à ce type de pollution sans même consulter la population?

Malheureusement pour l’industrie pétrolière, les ressources naturelles ne sont pas des biens comme les autres, elles appartiennent avant tout à la population québécoise qui est en droit de statuer sur la nécessité de l’exploitation et les conditions s’il y a lieu de cette exploitation.

Émission de GES par habitant.e en 2010 (tonne eq Co2)

IRIS BSV

Si l’on se fie à ce que l’on voit en Alberta (19e au palmarès) où la pollution atteint des sommets et où des villes comme Fort McMurray ressemblent plus à des villes de Far West qu’à des lieux habitables, il est plutôt rassurant de voir que l’industrie n’est pas laissée à elle-même dans l’exploitation pétrolière au Québec. Surtout alors que maintenant que le secteur pétrolier est bien installé et que les États-Unis diminuent leur demande, l’Alberta retombe dans les déficits malgré une production de pétrole record.

De plus, sachant que l’exploitation et l’utilisation du pétrole sont une des sources premières des changements climatiques observés par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) et que le Québec a des surplus hydro-électriques d’importance, rien n’oblige les Québécois.e.s à laisser l’industrie pétrolière à elle-même sans surveillance. Sur le long terme, la ressource profitera de l’effet de rareté et pourra peut-être être extraite de manière plus efficace.

L’industrie d’exploitation pétrolière est naissante, voire embryonnaire, au Québec et la situation environnementale et géopolitique est pour le moment peu avantageuse pour l’exploitation du pétrole. Il n’y a donc rien d’alarmant que le Québec se dote de système de contrôle moderne qui respecte des normes environnementales et économiques valables au 21e siècle. À regarder les difficultés que Québec éprouve à transformer le système de redevances minières dont l’essentiel date de l’ère industrielle, n’est-il pas sage de s’assurer que les générations futures n’aient pas à se plaindre de nos choix présents. C’est pourquoi il ne semble y avoir rien de honteux à se classer à la fin du palmarès de l’Institut Fraser. En fait, il faut probablement s’en réjouir.

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