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Explication de base sur la hausse du prix de l’essence

31 juillet 2012


À chaque année lors du début des vacances de la construction, les journaux écrits et télévisuels cherchent à commenter la hausse du prix de l’essence. Puisque  le prix à la pompe est généralement plus élevé au mois de juillet (particulièrement lors des deux dernières semaines) que lors du restant de l’année, il s’agit d’un sujet chaud.  D’ailleurs, cette année ne fait pas exception puisqu’au début de la semaine du 22 juillet, le prix à la pompe moyen au Québec était évalué à 1,37 $ le litre, soit 5 cents de plus que le prix à la pompe à pareille date en 2011. Il s’agit d’environ 3 cents de plus que la moyenne des prix de l’année 2012 jusqu’à présent selon les estimations de la Régie de l’énergie. Cependant, l’intérêt que suscite cette hausse des prix est associé à des facteurs conjoncturels qui diffèrent d’une année à l’autre. Cette année, les besoins du Japon pour remplacer l’énergie nucléaire expliquent la hausse momentanée du prix du baril.  L’an dernier, ce sont les inquiétudes face aux répercussions du printemps arabe qui expliquaient cette hausse conjoncturelle. Évidemment, sous ces conditions, plusieurs personnes croient que les pétrolières et les spéculateurs boursiers profitent de la période où les Québécois partent en vacances pour augmenter leurs profits.

Derrière l’explication des hausses du mois de juillet, on oublie généralement de rapporter que l’essence à la pompe va systématiquement augmenter pour des raisons structurelles liées au mode de consommation. Si effectivement, il est étonnant que les effets de ces facteurs circonstanciels atteignent généralement leur sommet lors du mois de juillet, il faut noter qu’ils ont un impact marginal sur le prix du pétrole. Il existe une tendance lourde à la hausse du prix de cette ressource.

Comme le démontrent les deux graphiques suivants, malgré que le prix de l’essence à la pompe connaisse des hausses et des baisses momentanées, la tendance générale démontre une progression marquée des prix.

Graphique 1 : Prix de l’essence ordinaire (données mensuelles) région de Montréal entre 1998 et 2012, en date du 29 juin 2012

Source : Régie de l’énergie du Québec

 

Graphique 2 : Prix de l’essence ordinaire (données mensuelles) région de Québec entre 1998 et 2012, en date du 29 juin 2012

Source : Régie de l’énergie du Québec

Comment expliquer cette hausse structurelle du prix du pétrole ?

C’est simple : l’effet de rareté du pétrole fait monter les prix. Le pétrole étant une ressource finie, il est toujours plus difficile et donc plus coûteux à extraire. Dans ce contexte, la demande grandissante mondiale pour l’essence poussée par l’augmentation de la consommation des pays émergents qui émulent le mode de vie occidental a un effet majeur sur le prix du baril de pétrole. Ainsi, malgré les efforts de l’industrie pour diminuer la consommation d’essence par voiture, le problème provient avant tout du parc de voitures à l’échelle mondiale.  Malgré une baisse moyenne de 5 % de la consommation américaine de carburant entre 2006 et 2010 (lesÉtats-Unis demeurent tout de même les plus grands consommateurs dans le monde), les hausses substantielles du parc automobile mondial, qui atteint plus d’un milliard de voitures, ont pour effet d’accroître constamment la demande en essence. Cela accentue l’effet de rareté sur la ressource.

Dans ces conditions, pour réussir à extraire de l’or noir, les pétrolières doivent constamment augmenter leurs dépenses d’exploitation, ce qui a des répercussions sur le prix à la pompe. Comme démontré précédemment, le coût énergétique de l’extraction de différents combustibles fossiles a drastiquement augmenté dans les 80 dernières années. Ainsi, en 1930 aux États-Unis, pour chaque unité d’énergie investie dans l’exploration et l’extraction pétrolière, on pouvait produire 100 unités d’énergie en pétrole. Dans les années 2000, ce ratio est passé à une unité investie pour 20 unités produites. Pour ce qui est de l’exploitation des sables bitumineux albertains, ce ratio se limitait à 1 : 4 en 2006. Bref, l’énergie nécessaire à l’extraction pétrolière est systématiquement plus élevée, ce qui rend les activités d’exploitation plus coûteuses et plus polluantes que par le passé.

Nous assistons donc à une demande quasi infinie pour une ressource qui se raréfie à vitesse grand V. Dans ces circonstances, l’on peut blâmer les pétrolières de profiter de la période estivale pour augmenter les prix de l’essence à la pompe. L’on peut aussi blâmer les courtiers de spéculer sur le prix des matières premières de sorte que les coûts pour la clientèle augmentent. Cependant, il faut garder en tête que le problème des prix de l’essence est structurel et bien plus important qu’une simple manœuvre de boursicoteurs. Tant que les sociétés ne tenteront pas de diminuer leur dépendance au pétrole, les individus paieront leurs déplacements toujours plus cher.

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