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Enbridge et le rôle de l’État

9 Décembre 2013

  • Bertrand Schepper

Vendredi dernier, la commission parlementaire sur l’inversion de l’oléoduc 9B d’Enbridge déposait son rapport moins de 48 heures après la fin des audiences. Sans surprise, le rapport est favorable à l’entreprise albertaine tout en tentant d’amenuiser les risques pour la population d’inverser un oléoduc vieux de 37 ans qui passe sous des quartiers résidentiels. Rappelons que le dernier exercice du genre réalisé par Enbridge a causé la plus grande catastrophe environnementale en sol américain. Les coûts de réparation de ce désastre sont estimés à plus de 1 milliard $.

Par ailleurs, Enbridge a un triste bilan de près de 70 déversements chaque année depuis 10 ans.  Certains experts devant la commission ont mesuré à 90 % les chances qu’un tel évènement se produise sur la ligne 9B. Pour compenser, la commission parlementaire recommande qu’Enbridge fasse les tests de sécurité minimalement adéquats pour éviter un désastre environnemental. Il est désolant de constater que le gouvernement doit faire ce type de recommandations alors qu’il s’agit de sécurité élémentaire. Pour le réchauffement climatique, l’impact du projet est clairement négatif puisqu’il implique d’extraire 300 000 barils supplémentaires par jour d’un des pétroles les plus polluants du monde.

Pour compenser, certains pourraient espérer que les contribuables québécois en retirent des gains intéressants.

Qu’en est-il? Tout d’abord, soyons clairs, contrairement à ce qu’on entend, le prix du carburant à la pompe ne sera pas affecté par une telle opération. Bien que le pétrole brut albertain soit légèrement moins cher en ce moment, son prix s’harmonisera au marché international dès qu’un oléoduc lui permettra de le rejoindre. C’est pourquoi il faut s’attendre qu’Enbridge fasse fi de la recommandation principale du rapport qui est de transformer le pétrole de la ligne 9B uniquement dans des raffineries québécoises. Bref, les pétrolières augmenteront leurs profits, mais les prix resteront les mêmes.

En termes d’emplois, les résultats seront marginaux. On parle d’environ 350 emplois en incluant ceux promis par Enbridge et le raffineur Valero dont seulement une centaine à long terme. Cela représente moins de 0,70 % des emplois créés l’an dernier et des retours en impôt de moins 0,01% du budget du Québec. De plus, aucun raffineur de pétrole n’a affirmé sous serment qu’il partageait la crainte du gouvernement de devoir cesser ses activités si l’oléoduc 9B n’était pas inversé. Ainsi, tant les espoirs que les inquiétudes en matière d’emplois semblent injustifiés.

Après la tragédie de Lac-Mégantic, on dira qu’il faut prioriser les oléoducs aux  trains. C’est mal comprendre le débat. Même si tous les projets d’oléoducs étaient bâtis, ils ne seraient pas suffisants pour transporter l’ensemble du pétrole que l’Alberta prévoit produire. Il faudra en acheminer tout autant par train. Au final, c’est plus de pétrole qui passera sur le territoire du Québec augmentant ainsi les risques d’accidents.

Plutôt que d’adopter des mesures plus contraignantes, il est étonnant que Québec se soit hâté de recommander ce projet. Surtout, sachant qu’Enbridge aura tout le loisir de choisir les recommandations qu’elle appliquera ou non.

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