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Profit et indifférence à la Caisse

15 novembre 2022

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3min


Jeudi dernier, en pleine COP27, La Presse nous apprenait que la Caisse de dépôt et placement du Québec avait réussi à s’y démarquer sur le plan de la transparence. La Caisse ne craint donc pas de diffuser les informations sur ses investissements. En effet, peu importe les contestations dont ils sont l’objet, elle garde le cap dans l’indifférence de leurs conséquences sociales.

En ce moment, le projet de pipeline Coastal GasLink est sous le feu des critiques environnementales et autochtones. Selon les experts, ce projet de développement gazier augmentera significativement les émissions de carbone. Il y a deux semaines, le bureau d’évaluation environnementale de la Colombie-Britannique a imposé un arrêt des opérations de construction parce qu’elles menaçaient la qualité de l’eau et l’habitat des poissons en négligeant la protection des cours d’eau. Depuis ses débuts, le peuple de la nation Wet’suwet’en s’oppose à l’envahissement de ses terres ancestrales par le pipeline. Des séries d’actions de contestation légales et sociales ont été entamées dès 2020.

Quel rapport avec la Caisse? Le bas de laine du Québec possède des actions dans au moins cinq entreprises finançant cette menace à l’écosystème de la région et aux droits ancestraux du peuple Wet’suwet’en. Des centaines de millions de dollars sont investis dans TC Energy, principal porteur du projet de Coastal GasLink. Anna Stanley, professeure de l’Université de Guelph, considère qu’investir l’épargne-retraite dans ce pipeline aligne les intérêts des travailleurs et travailleuses en sens inverse des droits des Premières Nations. Le résultat ironique est que plus le peuple Wet’suwet’en résistera à l’empiétement et la destruction environnementale de ses terres ancestrales, plus les actifs de la Caisse perdront de la valeur. Et vice versa.

L’indifférence qu’affiche la Caisse envers les revendications des Wet’suwet’en se manifeste face à d’autres luttes contre l’oppression coloniale. Depuis 2019, la Caisse possède des actifs financiers en Israël et pas les moindres. Allied Universal, une compagnie dont la Caisse est le principal actionnaire, possède trois filiales de sécurité privée actives en Israël, dont l’une d’elles est l’objet d’une campagne internationale de boycottage. L’entreprise Policity Ltd contrôle le centre d’entraînement des forces policières israéliennes, où sont enseignées des pratiques répressives. Selon Amnistie internationale, la police torture les prisonniers palestiniens sous le couvert de la justice, opère des raids à domicile nocturnes et blesse volontairement les personnes qui manifestent. L’ONU accuse aussi Israël d’abus et de brutalisation d’enfants palestiniens.

Le chroniqueur François Brousseau déplorait dans une récente chronique l’absence de réaction de la communauté internationale face à une répression qui a été tellement forte qu’elle a « écrasé » la résistance des Palestiniennes et des Palestiniens. Or, ce n’est pas tout à fait exact. Nous n’avons pas observé passivement cet écrasement; nous y prenons activement part par le biais de la Caisse.

La domination coloniale envers les francophones n’aurait-elle laissé aucun stigmate sur la peau lisse de la plus grande institution économique du Québec? Dépourvue de toute mémoire d’oppression, la Caisse avance sans se préoccuper des souffrances qu’elle impose à son tour. Malgré tout, je garde vivant l’espoir que ma retraite ne se fera pas à l’encontre des résistances à l’ordre colonial. J’attends toujours que la Caisse se souvienne et qu’elle adopte une politique sociale d’investissement digne de sa propre histoire.

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2 comments

  1. Excellent!
    Nous savons qu’un des instruments de la richesse des québécois a pris des décisions qui ne supportent pas les valeurs chères aux québécois.
    Maintenant, il faut mettre en place des mécanismes qui, non seulement, interdisent de telles décisions mais qui les renversent, lorsque constatées.