CPE : les 108 562 places manquantes

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Dans les dernières semaines, le ministre de la Famille Mathieu Lacombe a annoncé différentes mesures destinées à ouvrir de nouvelles places en CPE. Le 4 octobre, on apprenait l’intention du gouvernement Legault de créer 4 359 nouvelles places dans les garderies subventionnées. Un peu plus de deux semaines plus tard, le ministre Lacombe y est allé d’une nouvelle annonce consistant à convertir 3 500 places de garderies non subventionnées en places à 8,35$/jour. 

Ces nouvelles places sont bien entendu les bienvenues. Le Québec compte approximativement 46 000 enfants sur les listes d’attente des garderies subventionnées, tandis que celles qui ne sont pas subventionnées sont malheureusement reconnues pour la piètre qualité de leur service.      

Ceci dit, ces annonces arrivent bien tard. La tendance au développement chaotique des garderies privées entamée en 2007 s’est poursuivie jusqu’à cette année. En effet, 64 % des places créées entre 2018 et 2020 étaient de type privé non subventionné. Dans ce contexte, les annonces des dernières semaines ont l’apparence d’une goutte d’eau dans l’océan.   

Le plan du ministre devrait donc être plus ambitieux. Allons-y d’un calcul simple. Avec une liste d’attente comprenant 46 000 noms ainsi qu’un total de 70 421 places offertes dans les garderies non subventionnées, il est question de 116 421 places à créer ou à convertir. Avec les récentes annonces ministérielles, ce nombre descend à 108 562. 

L’enjeu n’est alors pas tant d’annoncer à la pièce des ouvertures ou des conversions, mais bien de mettre en place un plan de socialisation des services de garde. Est-ce réaliste? Analysons les données historiques.

En 1998, on comptait 82 000 places au total dans l’univers des garderies subventionnées. Nous étions alors en l’an 1 suivant la création des CPE et les ouvertures de nouvelles installations avaient été nombreuses. Dix ans plus tard, le Québec comptait plus de 200 000 places, preuve qu’un développement rapide est possible lorsque la volonté politique est au rendez-vous. 

Reprenons alors l’exercice. Pour combler les besoins actuels de la population et mettre fin à l’aberration des garderies privées, Québec devrait s’engager à créer ou convertir 11 000 nouvelles places par année durant la prochaine décennie. À titre comparatif, il s’est ouvert une moyenne annuelle de 12 000 nouvelles places entre 1998 et 2008.        

Bien entendu, cela viendrait avec un coût important à assumer, mais qui serait largement compensé par le fait qu’il s’agit de la meilleure politique possible en matière d’éducation à la petite enfance. À coût égal, cette option serait aussi préférable au projet caquiste de généralisation des maternelles 4 ans


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Commentaire sur l'article

Yves Legault

Le problème avec les CPE c'est qu'e cela a permit l'entrée de nombreux travailleurs sur un marché du travail qui était déjas en crise.
Les causes des crises économiques précédentes n'ayant tout simplement pas été adressées, ces dernières se sont répétées depuis et cela continue aujourd'hui.
Le Patronat a profité massivement de l'arrivée d'un très grand nombres de femmes dans le milieu du travail pour geler ou même faire baisser les salaires et les conditions de travail. C'est un recul qui se poursuit encore de nos jours.

Selon StatCanada...
- En 1983 40 heures travaillées amenaient un salaire décent à la maison.
- En 1987, c'est 45 heures.
- En 1993, c'est 50 heures.
- En 1997, c'est 60 heures.
- En 2003, c'est 70 heures.
- En 2007 c'est 80 heures.
Et ça empire encore depuis.
Le résultat final est que les riches s'enrichissent de plus en plus alors que les autres s'appauvrissent lentement.
Ce n'est pas ce qu'un gouvernement démocratique fait en temps normal.
En fait, ce n'est pas un temps normal!
Nous sommes en guerre!
L'ennemi #1, c'est l'oligarchie ploutocratique.

N'est-ce pas une extraordinaire coinçidence qu'une pandémie se déclare juste au moment ou les mouvements populaires réclamant des réformes sociales profondes rallient de plus en plus de gens?

Ariane Lavoie-Boyer

Pour pouvoir ouvrir autant de CPE, il faudrait aussi que le métier d'éducateur/éducatrice soit plus attractif, donc valorisé. Le salaire de ceux-ci frôle le salaire minimum, ce qui ne fait aucun sens étant donné les études de niveau technique qu'on leur demande ainsi que les responsabilités et horaires difficile auxquels ils font face.