Biden, Keystone XL et le déclin annoncé du pétrole albertain

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Selon différentes sources, le prochain président des États-Unis, Joe Biden, compte révoquer le permis pour l’expansion de l’oléoduc Keystone XL dès son arrivée au pouvoir. Une telle décision représenterait un autre coup dur pour l’industrie des sables bitumineux qui, malgré une aide importante de l’État, continue de décliner. Comme les États-Unis, principal importateur de pétrole canadien, tendent à changer de stratégie pour écouler leur production, il faudra que l’Alberta et le Canada soient en mesure de s’adapter. 

Petit récapitulatif : Keystone XL, qu’est-ce que c’est ?

Le projet d’expansion du pipeline Keystone XL a été conçu en 2008 par la corporation TC Énergie (TC Energy group) dans le but d’augmenter de 830 000 barils par jour le transport de pétrole des sables bitumineux albertains  vers les raffineries du Texas en passant par le Montana, le Nebraska et le Dakota du Sud. La carte ci-dessous présente en vert le projet d’expansion du réseau et en gris le tracé déjà existant. D’une longueur d’environ 1 950 kilomètres et largement contesté par plusieurs communautés des Premières Nations et groupes environnementalistes, il a été rejeté en 2015 par l’administration Obama.  

 

Une carte du Canada et des États-Unis. Une ligne verte relie Hardisty, en Alberta, à Steele City au Nebraska. Une ligne noire relie quant à elle Hardisty à Houston et Port Arthur au Texas.

Source : Radio-Canada 

 

En 2017, le président Trump signe un ordre exécutif permettant la construction de Keystone XL. Un an plus tard, un juge fédéral fait cesser les travaux afin d’étudier les impacts environnementaux du projet. Quelques mois plus tard, le président Trump délivre un permis afin d’intensifier la construction du pipeline malgré de nombreuses contestations légales. Puis, Joe Biden, alors candidat présidentiel, assure qu’il n’accordera pas de permis pour la réalisation du projet. 

Malgré ce climat d’incertitude, auquel s’ajoute depuis mars dernier la crise de la COVID-19, le gouvernement albertain a offert une subvention de 1,5 milliard de dollars et une garantie de prêt de 6 milliards de dollars pour le projet, qui est évalué à 8 milliards de dollars. Cela s’ajoute aux 1,1 milliard de dollars de dépenses de lobbying effectuées par la province pour convaincre le gouvernement américain de la pertinence du projet. Ce recours massif à des fonds publics se veut une manière de stimuler l’économie, mais constitue un pari risqué que le premier ministre albertain, Jason Kenney, semble en voie de perdre. Ces sommes astronomiques auraient en revanche pu soutenir un ambitieux plan de relance verte. À titre indicatif, le Plan pour une économie verte du gouvernement québécois, qui touche à des dizaines de projets, coûtera en moyenne 1,34 milliard de dollars par année pour les 5 prochaines années. 

L’Alberta : la grande perdante

Rappelons que le gouvernement albertain garde l’espoir de voir revenir les belles années de l’exploitation pétrolière des sables bitumineux. Rappelons aussi que malgré la baisse des prix du baril en 2015, l’extraction de ce type de pétrole représentait 16,8 % du PIB de la province en 2019. Si on inclut l’ensemble des types de pétrole, le gaz naturel et les mines, c’est plus de 26 % du PIB qui est touché.  

Pourtant, ceci n’est pas le premier échec que l’industrie albertaine a connu dans les dernières années. En février dernier, Teck Resources mettait fin à son mégaprojet d’exploitation de sables bitumineux, emboîtant le pas aux gros joueurs internationaux qui ont quitté le territoire depuis un certain temps déjà. En effet, l’extraction du pétrole des sables bitumineux n’est plus considérée comme un bon investissement par les investisseurs depuis plusieurs années déjà . C’est ce qui explique que l’industrie et le gouvernement albertain voient dans le pipeline Keystone XL une rare possibilité d’améliorer leur sort. 

Rappelons enfin qu’en 2018, la revue Science estimait que le pétrole canadien était le 4e plus polluant au monde, soit environ 1,5 fois plus que la moyenne mondiale. De plus, les coûts de production du pétrole canadien sont bien plus élevés que ceux de ses compétiteurs. À titre d’exemple, le coût de production d’un baril de pétrole en Arabie saoudite est estimé à environ 9 $, contre 26,64 $ pour un baril de pétrole canadien.  

Quoi conclure ? 

Il semble évident que le gouvernement albertain ne laissera pas tomber l’industrie pétrolière et les emplois qui en dépendent. On peut ainsi s’attendre à ce que la province et TC Énergie contestent les décisions du gouvernement Biden. L’Alberta misera aussi sur la mise en place du pipeline Transmontain afin d’augmenter ses exportations internationales en acheminant du pétrole vers les ports de l’est et de l’ouest du Canada. 

Ceci étant dit, si Biden empêche la mise en chantier du pipeline Keystone XL, il sellera l’âge d’or du pétrole des sables bitumineux albertain et assurera son lent, mais indéniable déclin. En ce sens, il commence à être irresponsable de continuer de faire croire à la population que cette industrie a un avenir. Cela retarde le développement de projets plus prometteurs pour l’économie et l’environnement, et ce tant pour l’Alberta que pour l’ensemble du Canada. 

 

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Commentaire sur l'article

YvesLegault

Le fédéral doit avoir fait la même chose pour l'ancien tracé que Keystone XL devait remplacer qu'il a fait récemment avec Trans-Mountain: Déclarer la chose entreprise de compétence fédérale parce qu'elle se trouve sur le territoire de plus d'une province.

El il a récidivé avec Keystone XL car son tracé se retrouve, sans explication technique, à passer aussi en Saskatchewan!
Il est plus que temps de respecter la lettre et l'esprit de la constitution au gouvernements de ce pays!

Non seulement il doit y a voir absence de conflit d'intérêt, mais il doit aussi y a voir absence d'apparence de conflit d'intérêt, chez tous nos élus.

J'ai hâte de voir une loi transformant le lobbying en acte de trahison quand il n'est pas fait par un citoyen pour un citoyen.