Quand les tarifs d’Hydro remplacent l’impôt

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Il est presque devenu fréquent de recevoir à l’arrivée du printemps la mauvaise nouvelle du compte d’Hydro qui va augmenter. Cette année ne fait pas exception. Alors qu’Hydro-Québec fait des profits records, ses tarifs vont connaitre une hausse de 2,9 % pour la clientèle résidentielle. Cet exercice devrait lui permettre d’accumuler 301 millions de dollars additionnels. Entre 2011 et 2015, les hausses consenties auront représenté 8,7 % alors que l’inflation aura été de 7,41 % (prévisions pour 2015 incluses).

 


Fait marquant, cette année la Régie a consenti à déplacer une part de la hausse jusqu’en 2020. Entre 2016 et 2020, Hydro-Québec pourra facturer 222 millions de dollars additionnels, et ce, uniquement pour les tarifs de 2015. Ce qui revient à dire que pour 2015, la hausse consentie tourne autour de 5 %. Pour 2014 et 2015 uniquement, la hausse tarifaire représentera l’équivalent d’une hausse de 9,3 % alors que les prix de l’énergie ont connu pour 2014 une baisse de 6,7 % au Canada.  Cela n’empêchera pas Hydro-Québec de demander d’autres hausses tarifaires annuellement entre 2016 et 2020. Il faut donc s’attendre à voir nos factures d’électricité augmenter rapidement dans les prochaines années.

Face à cette situation, il est tout de même préoccupant d’entendre 2 arguments phares qui défendent la hausse des tarifs hydro-électriques. D’une part, on nous rappelle que les prix de l’électricité au Québec sont plus compétitifs qu’ailleurs et d’autre part que de toute manière les profits retournent au gouvernement ce qui profitera à l’ensemble de la population.

Moins cher qu’ailleurs

Bien sûr, les coûts de l’électricité au Québec sont bien moindres que dans plusieurs grandes villes nord-américaines. C’est vrai que les prix de l’électricité sont 3,70 fois plus importants à San Francisco (p.25) qu’à Montréal, mais peut-on vraiment comparer ces deux villes?

D’une part, les coûts de production au Québec sont bien moindres que ceux de la Californie. Les barrages hydroélectriques québécois sont plus productifs et la Pacific Gas and Electric Compagny s’alimente en énergie nucléaire qui est plus coûteuse. D’autre part, les familles québécoises doivent utiliser du chauffage au cours de l’hiver, situation qui est moins fréquente sur la côte ouest… Il est d’ailleurs étonnant d’entendre le double discours qui entoure les tarifs électriques québécois. D’un côté, les gouvernements ne cessent de nous répéter que les tarifs d’électricité sont un avantage concurrentiel dans le secteur industriel tout en nous expliquant que les ménages ont un tarif électrique trop faible. On considère donc normal que seul le secteur industriel profite de nos faibles coûts de production électrique et que ce serait un luxe pour le commun des mortels.

Les profits vont au gouvernement

Le gouvernement québécois récupère en dividende 75 % des profits de l’entreprise. En 2014, ceux-ci se chiffraient à 2,53 milliards de dollars. En cette période d’austérité, plusieurs y voient une manière de respirer un peu et de boucler le budget québécois. Cependant, il faut quand même rappeler que le Québec s’est doté de la Régie de l’énergie spécifiquement pour empêcher les différents gouvernements d’utiliser les hausses tarifaires d’Hydro-Québec pour renflouer ses coffres plutôt que de passer par l’impôt. Or, depuis quelques années, c’est devenu une mode pour les gouvernements d’imposer sa volonté à Hydro-Québec pour augmenter ses dividendes. La hausse du bloc patrimonial et la compression forcée de postes chez Hydro-Québec en sont des exemples révélateurs.

Par ces stratégies, le gouvernement québécois déguise une hausse d’impôt à travers les revenus de la société d’État. Cependant, cette stratégie à l’opposé du système d’impôt est particulièrement régressive et ce sont les moins nanti.e.s et la classe moyenne qui se ramassent avec la plus grande part de la facture. Comme en font foi les 70 000 débranchements en 2014, la hausse des tarifs n’est pas une mesure équitable.

Face à cette situation, il est tout de même drôle d’entendre le ministre Arcand dire qu’il est «mécontent » de la hausse puisqu’elle s’inscrit directement dans une logique qu’il a contribué à établir. Monsieur Arcand était ministre du gouvernement Charest qui proposait une révolution tarifaire pour remplacer l’impôt par une hausse des tarifs. Il est également le ministre de l’Énergie d’un gouvernement qui a récemment proposé la remise en place de mini-centrales hydro-électriques qui participent à la hausse des tarifs. Dans ce contexte, ce mécontentement est difficile à prendre au sérieux.