Les frais de scolarité ont un effet sur la fréquentation universitaire

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Ça n’étonnera pas beaucoup les lecteurs et lectrices assidu.e.s des travaux de l’IRIS, car voilà des années que nous le répétons : augmenter les frais de scolarité a un impact sur la fréquentation universitaire. L’étude du Centre interuniversitaire sur la science et la technologie (CIRST) qui l’affirme cette semaine est cependant d’une ampleur bien différente de celles qui ont été menées jusqu’à présent. Il vaut la peine de se pencher sur ses résultats avec un peu d’attention.

Ce qu’on savait déjà

Les dix premières pages de l’étude nous rappellent certains faits de base. Entre autre, ce qu’on a amplement répété en 2012 à propos des comparaisons entre le Québec et les autres provinces : il est difficile de comparer les autres provinces avec le Québec à cause de la spécificité du Québec en matière d’éducation post-secondaire, soit les cégeps. Les auteurs le rappellent : « La contribution des cégeps est claire, le taux de participation aux études postsecondaires au Québec étant le plus élevé au Canada. »

 

Au niveau universitaire, ils offrent aussi un graphique très parlant – qui tient compte de plusieurs facteurs qui ne sont habituellement pas considérés dans les analyses trop rapides :le rattrapage que le Québec a opéré sur le plan de la fréquentation et l’effet de la hausse des frais du début des années 1990.

 

Graphique 1: Rapport entre les effectifs universitaires et la population âgée de 18 à 29 ans et les droits de scolarité moyens, Québec et Ontario 1966 à 2009 (en dollars constants de 2011)

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Source: Bastien, Nicolas et al., Économie, société et éducation : l’effet des droits de scolarité sur l’accès aux études universitaires au Québec et en Ontario, CRIST, UQAM, 2014, p.8

 

Le passage de 5% à 20% de fréquentation scolaire chez les 18-29 ans en 25 ans est impressionnant à constater. Si vous voulez voir les effets d’une action gouvernementale forte en éducation post-secondaire, voici un bel exemple. Le deuxième moment frappant est entre 1990 et 1993, quand la hausse atteint son plein potentiel, le bel élan de croissance du taux de fréquentation est freiné par une hausse des frais.

 

Les auteurs du rapport nous font aussi un bon rappel d’une demi-douzaine d’études canadiennes qui arrivent toutes à la conclusion que la hausse des droits de scolarité a une influence sur la fréquentation. Alors qu’en 2012 on entendait partout – on ne sait par quelle magie – que « toutes les études » disaient qu’ils n’y avait pas de lien entre frais de scolarité et fréquentation, une étude approfondie nous en révèle plusieurs.

 

Les nouveautés

Tout cela étant dit, cette étude ne fait pas que nous présenter des résultats qu’on connaissait déjà. Au contraire, il s’agit d’une tentative inédite sur plusieurs points. Elle s’étend de 1946 à 2011 au Québec et en Ontario, une des plus longue période étudiée jusqu’à maintenant sur cette question. Elle tient compte d’une série de variables comprenant par exemple: l’âge, le lieu d’origine et le niveau d’éducation des parents, la langue maternelle, le sexe. Les auteurs constatent d’abord deux résultats qui sautent aux yeux et qui ne surprendront personne. En premier lieu, l’évidence, c’est la croissance spectaculaire du nombre de femmes qui fréquentent l’université. La deuxième évidence, qui n’est pas sans lien, est celle de la tendance de croissance de la fréquentation post-secondaire en général. Les hausses de frais ont davantage comme effet de freiner cette croissance que de causer de véritables baisses de fréquentation.

 

L’étude fournit également une série de croisements intéressants de ces données. Les plus intéressantes sont les suivantes :

 

-       Pour les étudiant.e.s dont les parents n’ont pas d’études post-secondaires, l’effet une hausse de 1000$ réduit de 19% l’accès aux études universitaires. Pour les enfants de parents qui ont un diplôme collégial, ce taux est à 10%. À l’inverse, la même hausse fait que les étudiant.e.s provenant de famille où les parents ont des diplômes universitaires verront leur chance d’aller à l’université croître de 10%. Pourquoi? Parce qu’avec moins de gens qui s’inscriront, ils auront plus de chance d’avoir accès à des programmes contingentés.

-       Les chercheurs remarquent également que les francophones subissent particulièrement durement les hausses de frais de scolarité, que ce soit au Québec ou en Ontario. Cependant, ce résultat est peut-être dû à la situation économique particulièrement désavantageuse de ces derniers au début de la période.

-       Enfin, les personnes qui font leurs études plus tardivement sont aussi plus affecté.e.s par les hausse de frais. « Pour toutes origines sociales et pour presque tous les groupes sociolinguistiques considérés, plus la personne est âgée, plus les droits de scolarité ont tendance à avoir un impact négatif sur l’accès aux études universitaires. »

 

Alors que paraît un ouvrage sur la gratuité scolaire auquel mes collègues Julia Posca, Philippe Hurteau et moi-même avons participé, il semble que les résultats de cette recherche viennent conforter l’idée que la voie à suivre pour l’université est bien d’ouvrir le plus possible ses portes et non de rendre ces doormen que sont les frais de scolarité encore plus sélectifs.