Le vernis vert écaillé du gouvernement québécois

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Dans les derniers jours, les politiciens font la file, les deux pieds dans l’eau jusqu’aux cuisses, pour nous dire à quel point ils sont préoccupés par la situation environnementale. On empile des sacs de sable pour les caméras, donne une tape d’encouragement dans le dos des sinistré·e·s et promet d’aider ceux et celles dont les maisons se transforment en piscine.

Mais pendant que les médias passent en boucle des images d’inondation et analysent l’état des routes et de la situation, d’autres nouvelles pourtant tout à fait pertinentes passent en douce, sans qu’on y prête trop attention. C’est le cas du Fonds vert qui, on l’apprenait récemment, dépense gros, mais pour des résultats mitigés.

Mais qu’est-ce que le Fonds vert? Et qu’est-ce qui déçoit tant de sa performance? Commençons par le début. Le Fonds vert a été créé en 2006 et a comme objectif de « favoriser le développement durable du Québec par la protection de l’environnement, la préservation de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques ».

Que de belles paroles. La réalité est un peu différente.

Regardons d’abord les projets financés. Pour le moment, il semble que ce soit assez diversifié, pour ne pas dire chaotique. Plus de 800 000 $ ont été octroyés à Air Canada pour que ses avions économisent de l’essence grâce à des ailes plus performantes. De son côté, les efforts d’Orléans Express pour la planète ont été récompensés de 500 000 $. Quels efforts me demandez-vous? Vous vous en rappelez peut-être : ils ont réduit leurs services en Gaspésie.

La pétrolière Ultramar, quant à elle, a reçu 6 millions de dollars pour... son oléoduc. Même la cimenterie de Port-Daniel aurait pu recevoir de l’argent du Fonds. Oui, cette même cimenterie qui devrait battre des records d’émission de gaz à effet de serre (heureusement, il semblerait qu’elle ne soit pas intéressée). Bref, l’entreprise privée peut compter sur l’État pour l’aider à appliquer du vernis sur son plan d’affaires, tant que ça veut aussi dire améliorer leur taux de profit.

On apprenait toutefois récemment que le vernis en question était de fort mauvaise qualité et commençait déjà à s’écailler. Les près de 720 millions de dollars dépensés par le Fonds vert depuis sa création auraient réussi à faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre de... 0,24 %. Autant dire que son effet est nul.

Les critiques envers le Fonds sont récurrentes. Chaque fois, on promet un nouveau réajustement qui permettra de mieux cibler les investissements. Depuis l’an dernier, il n’est plus géré par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, mais plutôt par celui de l’Énergie et des Ressources naturelles. Il faut peut-être sauver la planète, mais surtout exploiter nos ressources.

On a également créé un nouvel organisme, Transition énergétique Québec (TEQ), pour chapeauter les dépenses du Fonds. On trouve dans son conseil d’administration de 12 personnes deux avocats, trois gestionnaires et quatre expert·e·s en économie.

Il faudra attendre encore quelques années pour voir si TEQ sera plus efficace que le Fonds vert lui-même. Toutefois, il semble encore manquer une vision d’ensemble cohérente et structurante pour encadrer la lutte aux changements climatiques. Pour y arriver, ça prendra plus que des concours scolaires pour gagner une conférence sur l’efficacité énergétique, ou encourager les automobilistes à freiner plus lentement.

Si on veut éviter d’aggraver encore la situation climatique, il faudra une approche audacieuse et radicale. Financer adéquatement le transport en commun. Miser sur le transport collectif interurbain. Réduire la consommation de viande. Encourager l’agriculture urbaine et l’alimentation locale. Il faut faire plus que se donner bonne conscience, il faut changer son mode de vie collectif. Mais ça n’arrivera pas, du moins pas tant qu’il y a un profit à faire autrement et qu’on a un gouvernement pour le protéger, même aux dépens de la planète qui se dérègle doucement sous notre nez.

Louise Lanthier

Extrêmement décevant de se rendre compte que les bottines ne suivent pas les babines. Preuve qu'ils ne pensent qu'à se faire du capital politique. Nous avons tous des efforts à faire mais faut-il aussi que les décisions en haut lieu soient prises par des gens honnêtes et responsables. Triste et décourageant!

Brian Szczepanik

La planète n'a rien à cirer avec les théories humaines sur le climat ou l'économie. Elle agit selon sa nature. La vraie question rarement posée aujourd'hui est à savoir pourquoi les humains insistent de bâtir sur les berges et les rives de nos cours d'eau et ainsi nier le rôle des berges et des rives comme zones éco-naturels pour absorber les crues d'eau. Ainsi, les valeurs que les humains semblent privilégier sont utilitaristes: coûts et avantages et au diable la nature. Alors qui devront assumer les coûts pendant que les tenants utilitaristes cherche à en tirer les avantages en niant le rôle écologique des rives et des berges?