Le prix de la pollution

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Au Canada, on n’a pas l’habitude d’associer environnement et portefeuille. On a plutôt tendance à croire  (à tort) que les intérêts environnementaux nuisent au développement économique. Cependant, bien que pour certains investisseurs, la hausse des inquiétudes environnementales constitue un irritant, elle influence peu les décisions d’affaires. En termes économiques, la pollution est d’ailleurs considérée la plupart du temps comme une externalité, c’est-à-dire un effet négatif incalculable sur le bien-être que l’on ne prend d’ailleurs pas en compte.

Or, un des effets de l’augmentation de la pollution et de la hausse de l’empreinte écologique est une recrudescence du nombre de catastrophes naturelles qui, elles, ont des impacts bien réels sur l’économie. Bien que l’on ait l’habitude d’entendre ce discours des groupes écologistes, il semble de plus en plus admis dans la littérature que c’est une erreur de nier les conséquences de la pollution sur l’économie.

C’est d’ailleurs l’observation que fait la Banque TD, groupe que l’on peut difficilement qualifier d’entreprise éco-radicale. Dans une note de recherche, les économistes Craig Alexander et Connor McDonald estiment que selon la tendance à la hausse des catastrophes naturelles (voir graphique plus bas), l’on peut s’attendre à ce que les coûts liés à celles-ci s’élèvent à près de 5 milliards de dollars annuellement à partir de 2020 pour les Canadien.ne.s.

Catastrophes naturelles au Canada entre 1902 et 2012

graphique

Sources : Base de données canadienne sur les catastrophes; Banque TD

D’ici 2050, si la tendance se maintient, ces coûts pourraient atteindre 43 milliards de dollars annuellement. Les économistes basent leurs estimations sur un modèle qui prend en compte les frais de diverses catastrophes naturelles ayant eu lieu sur le territoire et à l’international de même que sur les observations de la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie. Ces coûts inclus des frais d’infrastructures, des coûts de santé et services sociaux, les effets d’une baisse de productivité liée à une catastrophe et une part des heures de travail nécessaires à la reconstruction. Ces différentes dépenses auront bien évidemment des répercussions sur les budgets des paliers gouvernementaux et donc sur les taxes des contribuables, mais également sur la santé économique des entreprises et des familles du pays.

Notez que ces conclusions n’ont rien d’étonnant, Stéphane Hallegatte, économiste sénior de la Banque mondiale (autre organisme qu’on ne peut accuser de faire du frotti-frotta avec les adeptes du Rainbow Warrior), avait déjà évalué que mondialement les coûts des inondations liées aux changements climatiques à l’international auraient des répercussions chiffrées à plus d’un billion de dollars (million de millions) annuellement.

D’ailleurs, cette tendance à la hausse est aussi observée par la seconde plus importante société d’assurance allemande, la MUNICH RE (autre entreprise qu’on peut douter être investie de dangereux éco-socialistes), qui considère que les dommages estimés par les catastrophes naturelles coûtent en moyenne depuis 10 ans près 56 milliards de dollars annuellement sur la planète.

Devant ce constat récurrent, il semble de plus en plus évident que les politiques et les économistes traditionnels ne peuvent plus continuer la stratégie de l’autruche et espérer se sauver des coûts que comporte une augmentation des émanations des gaz à effet de serre et une croissance de l’empreinte écologique du pays.