La relance ne passe pas par l’austérité et les pipelines

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Récemment, l’ex-ministre des Finances conservateur, Joe Oliver, et l’économiste Youri Chassin ont produit pour l’Institut économique de Montréal (IEDM) une note économique qui conclut que l’investissement privé dans les oléoducs est plus efficace pour l’économie canadienne que les dépenses en infrastructure telles que le gouvernement Trudeau les conçoit actuellement. Selon nous, cette conclusion se base sur une théorie qui est largement contestée et lui accorder une confiance aveugle nuirait à l’économie canadienne.

On peut résumer le cœur de l’argumentaire des auteurs de l’IEDM par l’affirmation provocante suivante :

Puisque l’entreprise privée a comme objectif de créer de la valeur, sa gestion sera nécessairement meilleure que la gestion publique puisque cette dernière est sujette aux dépassements de coûts et à la corruption. Ainsi, il vaut mieux diminuer l’investissement public pour stimuler l’économie puisque l’entreprise privée pourra occuper un marché plus important. Donc, les politiques d’austérité qui réduisent le rôle de l’État dans l’économie encourageraient la relance.

De ce constat, les auteurs tirent la conclusion que, pour favoriser l’économie canadienne, le gouvernement Trudeau devrait alléger la réglementation autour de pipelines et octroyer toute l’aide diplomatique qu’il peut pour faciliter leur mise en place. Parallèlement, le gouvernement canadien ne devrait pas se lancer dans des programmes en infrastructure qui mène à des déficits alors que des projets privés existent. Ces conclusions ne sont guère surprenantes puisqu’elles résument bien les positions économiques des anciens gouvernements conservateurs où monsieur Oliver siégeait comme ministre.

En fait, cette affirmation est basée sur la théorie de l’« austérité expansive », dont le principal théoricien est Alberto Alesina. Cet économiste pro-marché qui enseigne à Harvard a conduit  une étude  dans les années 90 qui démontrerait que les investissements et politiques publics nuisent au développement de l’entreprise en les privant d’occasions d’affaires, ce qui diminue la création de valeur (voici la version 2014). Ce serait vrai, selon les auteurs de l’IEDM, pour le Canada (figure 2 de leur note). Monsieur Alesina considère que les États européens devraient se départir de plusieurs mesures sociales et laisser l’économie s’individualiser afin d’encourager l’ouverture au marché. C’est une des raisons qui justifient son importante influence, plus spécialement en Europe.

Notons que la plupart du temps les individus de la classe médiatico-politique qui se basent sur les études d’Alesina et de ses collaborateurs tiennent des propos généralement bien moins nuancés que ceux de leur maître. Cela semble d’ailleurs être le cas des auteurs de l’IEDM.

Iyanatul Islam, chercheur à l’université de Genève et à l’Organisation internationale du travail, et Anis Chowdhury, professeure à l’Université de Sidney et membre du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, ont décortiqué les travaux d’Alesina dans un texte intitulé « Revisiting the evidence on expansionary fiscal austerity: Alesina’s hour? ». L’étude d’Alesina a démontré que l’ajustement budgétaire a été associé à une augmentation de la production dans 24 % des cas sur un échantillon de 107 « épisodes » observés. Ainsi, bien que ce pourcentage soit plutôt faible, les médias ont relayé l’information comme si de grandes politiques de réduction du déficit avaient toujours mené à une augmentation importante de la croissance. Pourtant, 24 % est loin de constituer la majorité, et des « épisodes » observés sont loin d’être des politiques publiques à long terme.

Par ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI), pourtant réputé pour ses politiques pro-marchés, critique les politiques d’austérité expansive. Dans un texte intitulé « Expansionary Austerity New International Evidence », Daniel Leight et ses collaborateurs ont déterminé à l’aide de données internationales récoltées sur deux ans que les politiques d’austérité tendent à faire diminuer la demande au moment où l’économie en a le plus besoin, ce qui mène à une baisse de la consommation générale, nuisible pour l’économie. Au contraire, argumentent-ils, l’État devrait soutenir la consommation.

Plus concrètement, les conclusions du FMI sont partagées par Robert Chote, économiste et président du Bureau de la responsabilité budgétaire en Grande-Bretagne. Selon lui, les politiques d’austérité menées par la Grande-Bretagne au début des années 2010 n’ont pas contribué à soutenir l’économie. Au contraire, elles seraient responsables de la baisse de la croissance économique du pays. 

Bref, le principe voulant que l’État doive diminuer sa capacité à intervenir dans l’économie, plus particulièrement en période de crise ou de stagnation économiques, a été réfuté et est de moins en moins admis en économie et politique publique. Il ne peut certainement pas justifier les conclusions de messieurs Oliver et Chassin. 

Plus près de nous, l’économiste Pierre Fortin a démontré que, pour le moment, les effets multiplicateurs des investissements publics sur le produit intérieur brut (PIB), c’est-à-dire l’augmentation du PIB pour chaque dollar investi, sont très intéressants. C’est pourquoi, selon lui et contrairement à l’IEDM, les politiques publiques doivent investir dans l’économie pour soutenir la reprise.

En fait, en période de stagnation économique comme nous vivons aujourd’hui, les gros joueurs de l’industrie privée ont tendance à ne plus investir dans des projets d’envergure, de peur de perdre de l’argent. Ce faisant, ils accumulent leurs actifs sans redistribuer leurs profits à travers les impôts, les salaires ou des redevances. C’est ce que l’on appelle la « sur-épargne », et le Québec et le Canada sont particulièrement touchés par cette situation. Présentement, une politique d’austérité expansive mènerait à une diminution des investissements à la fois étatiques et privés, ce qui participerait à plomber l’économie.

De surcroit, considérant que les projets de pipelines soutenus par l’IEDM risquent de nous enfermer dans une économie polluante primarisée alors que l’ensemble de la planète est résolu à diminuer ses émanations de gaz à effet de serre, il semble peu pertinent de les soutenir.

La question est donc comment soutenir l’économie. Selon nous, une politique d’investissements ciblés vers des domaines porteurs a un intérêt marqué. Il faut donc se montrer prudent et investir dans des champs comme l’efficacité énergétique plutôt que de toujours chercher à relancer l’économie en investissant uniquement dans le béton et le secteur pétrolier. 

J-Paul Thivierge

Je pense que construire des infrastructures d'un réseau de chemin de fer électrifié bi-directionnel du type Acela à 270 KMh tel qu'utilisé entre Boston, New-York et Washington sur la rive nord entre Montréal et Québec et entre Montréal et Gatineau en expropriant le CPR qui néglige cette emprise qui est en terre publique. Plus d'emplois, plus de revenus plus propre plus de longue durée pour diminuer le nombre de voyages en avion et en voiture privée dans les décennies à venir. Préparer des interconnexion avec des lignes de monorail électrique suspendu . C'est LA route à suivre pour continuer à réaliser la transition énergétique.