Déversement de diesel aux Îles-de-la-Madeleine : devinez qui va payer

Par

Vous vous rappellerez peut-être que le 14 septembre dernier, Thierry Vandal a indiqué qu’Hydro-Québec prenait l’entière responsabilité du déversement de 100 000 litres de diesel à Cap-aux-Meules le 11 septembre, et donc que la note ne serait pas refilée au gouvernement. Ce qui veut dire qu’à travers les tarifs d’Hydro-Québec, nous, client∙e∙s, aurons la générosité d’éponger les 20 M$ de dégâts (p. 12). Cette somme ne prend pas en compte les dégâts environnementaux non chiffrables pour le moment. Cela semble si facile de prendre la responsabilité d’un événement quand on refile la facture aux client∙e∙s.

Ainsi, alors que  le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELC) enquête présentement sur la possibilité qu’il y ait eu négligence de la part d’Hydro-Québec dans ce déversement (et que celle-ci n’a pas rempli les exigences du Ministère sur la caractérisation des sols), la société d’État s’est empressée de soumettre une réclamation de plus de 20 millions de dollars à la Régie de l’énergie.

Vous me demanderez peut-être : pourquoi est-ce qu’Hydro ne refile pas cette facture à ses assureurs? Si vous et moi avons des assurances pour notre maison et notre automobile, Hydro-Québec en a certainement aussi.

Alors pourquoi? Tout simplement parce que le montant n’est pas suffisant et que la franchise d’Hydro-Québec pour de tels événements est de 50 M$. Pourtant, les travaux de décontamination devraient s’étendre sur une très longue période et engendrer des coûts élevés pouvant bien dépasser les 50 M$. Cela amène plusieurs questions... Pourquoi se dépêcher à ce point pour demander 20 M$ alors que les assurances pourraient peut-être couvrir les dépenses? Pourquoi ne pas attendre les résultats de l’enquête sur la responsabilité? Pourquoi la franchise de leurs assurances est-elle si élevée si Hydro-Québec considère que 20 M$ sont suffisants pour aller devant la Régie de l’énergie? Au Québec, sommes-nous capables d’agir rapidement pour fermer les valves d’un oléoduc qui fuit?

Personnellement, si j’ai un accrochage avec ma voiture et que le coût des travaux est moindre que la franchise de mon assurance, je peux, comme Thierry Vandal, prendre l’entière responsabilité des coûts. Cependant, je ne refile pas la facture à mon employeur, je paye avec mes économies et ma réclamation ne hausse pas mon salaire. Ce n’est pas aux client∙e∙s d’Hydro-Québec d’assumer cette facture, mais bien à l’actionnaire : le gouvernement du Québec.

Entendons-nous, 20 M$ ne représentent pas une somme faramineuse pour Hydro-Québec, mais je reste avec l’impression que si cette réclamation n’avait pas un effet à la hausse sur les tarifs d’électricité et que le gouvernement devait essuyer les pertes, elle serait moins prompte à aller devant la Régie de l’énergie et tenterait de réclamer à ses assurances.  De plus, avec les derniers scandales des 79 M$ autour de la vente de réacteurs et les primes de départ accordées à monsieur Vandal, les Québécois∙e∙s sont en droit de se demander si piger dans leur poche et augmenter les tarifs n’est pas devenu une culture d’entreprise.