Comment cacher un rapport sans se fatiguer

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En juillet 2013, le PQ annonçait en grande pompe une vaste consultation sur les enjeux énergétiques du Québec qui devait servir de base à l’élaboration de la prochaine stratégie énergétique de la province. Cette consultation, coprésidée par messieurs Mousseau et Lanoue, avait pour mandat de dresser un portrait du secteur énergétique au Québec et de faire des recommandations pour répondre aux enjeux énergétiques, environnementaux et économiques à venir. Pour ce faire, la commission a rencontré nombre d’experts et recueilli plus de 460 mémoires provenant à la fois de l’industrie privée, des différents groupes environnementaux et de la population en général. Or, bien que le rapport ait été rendu le 20 janvier dernier, il aura fallu quelques mois et des demandes répétées de journalistes du Devoir pour que le volumineux document de plus de 300 pages contenant 57 recommandations soit rendu public. Vous pouvez d’ailleurs le consulter ici .

Qu’est-ce que nous apprend le rapport

Intitulé « Maîtriser notre avenir énergétique », le rapport dresse un portrait plutôt négatif des efforts menés par les différents gouvernements quant à l’atteinte des objectifs énergétiques et écologiques du Québec et pose de sérieuses questions sur la nécessité d’augmenter les réserves énergétiques tant fossiles qu’électriques sur le territoire. C’est donc sans surprise que le gouvernement a tenté de le tabletter en douce et que l’opposition officielle ne s’est pas trop fait entendre.

La maîtrise de l’énergie

Alors que les dépenses en énergie frôlent les 65 G$ annuellement au Québec (p. 22), il est évident que ce secteur doit être un moteur économique d’envergure. Bien géré, le secteur énergétique permet la création d’emplois et une amélioration générale des conditions de vie de la population (confort, facilité de transport, efficacité de production, etc.). Mal géré, ce secteur crée des surplus onéreux et augmente rapidement la pollution atmosphérique. Or, étant donné que les surplus électriques actuels coûteront annuellement 1,2 G$ aux Québécois (p.183), il semble préférable de gérer efficacement l’énergie avant de se lancer dans l’extraction pétrolière, dont les rendements restent incertains (p. 170), et dans de nouveaux projets de production électrique.

Changements climatiques

out comme la note publiée à l’IRIS sur le budget carbone, le rapport confirme que dans l’état actuel des choses, le Québec ne sera pas en mesure de réduire de 20% par rapport à 1990 ses émissions de gaz à effet serre (GES) d’ici 2020 (p. 102). Encore moins d’atteindre la promesse péquiste de les diminuer de 25% d’ici 2020.

Pour réussir à faire de réels progrès, le rapport suggère des changements structuraux à long terme basés sur des actions concrètes qui manquent cruellement dans les récentes stratégies énergétiques développées au Québec. Les coprésidents recommandent l’ambitieuse cible de réduction de 75% des émissions de GES d’ici 2050 assortie d’une cible intermédiaire de 20% de réduction d’ici 2025 qui proviendrait d’une réduction de 15% des GES provenant de l’énergie.

Selon le rapport, pour atteindre ces objectifs il faut impérativement diminuer la consommation d’énergie liée au transport, qui représente près de 30% de la consommation (p. 114). Pour ce faire, diverses méthodes sont proposées qui proviennent d’exemples étrangers intégrant notamment le transport en commun et l’aménagement du territoire.

Autres recommandations d’importance

Vous vous en doutez bien, je ne résumerai pas l’ensemble des recommandations du rapport, c’est pourquoi je vous invite à minimalement consulter son résumé (p.19). Bien sûr, devant un sujet aussi vaste l’on ne peut pas être en accord avec l’ensemble des recommandations. Par contre, vu l’importance du débat il est malheureux que, pour éviter d’être mal vue lors des élections, l’on tente de balayer sous le tapis un rapport de cette envergure qui devrait au contraire être débattu publiquement.

Sujets : Pétrole énergie JdM