Camarade, quel est ton camp?

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Le rythme des élections va bon train. Cet automne, notre attention se porte sur la vie municipale. L’an prochain, les députés de l’Assemblée nationale devront se présenter devant l’électorat pour tenter de renouveler leur mandat. Et en 2019, déjà, ce sera au tour du fédéral. À chaque année son élection, et donc, son flot de promesses, de programmes, de candidat.e.s, de partis...

 

Tout cela est très bien. Mais avouons qu’il est facile de s’y perdre.

Une manière de s’y retrouver est de procéder à un travail de clarification des forces en présence. Ce que l’on remarque, c’est que peu importe l’élection, des familles politiques et idéologiques se retrouvent en liste : nous avons les néolibéraux, les conservateurs et, de manière encore marginale, les socialistes.

Voici donc un court portrait de ces trois familles.

Les néolibéraux : argent, profit, marché

·       Définition : Les néolibéraux constituent certainement la famille politique la plus développée à l’heure actuelle. De droite comme de gauche, presque tous les gouvernements partagent une même vision du monde qui fait de la rigueur et de l’austérité les signes d’un bon gouvernement. En termes simples, les néolibéraux se définissent par leur adhésion acritique envers les mécanismes de marché.  

·       Perspective politique : Les néolibéraux importent du libéralisme classique l’idée que l’appât du gain relève de la nature humaine et que la concurrence qu’elle introduit entre les acteurs économiques est le meilleur garant de l’efficacité. C’est pourquoi les tenants de cette idéologie souhaitent y avoir recours en toute circonstance, quitte à implanter de force des mécanismes concurrentiels au sein des services publics, à libéraliser davantage des échanges économiques et à couper les aides de derniers secours pour les plus démunis.    

Les conservateurs : nation, identité, État

·       Définition : L’impératif conservateur est de préserver ce qu’ils considèrent être l’essence (la nature si on veut) particulière de leur communauté politique. Il est ainsi possible de développer des thèses conservatrices en étant de droite (favorable à l’individualisme économique) ou de gauche (favorable à une prise en charge collective des inégalités). L’important pour les conservateurs est de protéger une représentation idéalisée de la nation et de son identité en conformité avec une interprétation figée de la tradition.

·       Perspective politique : La conséquence politique de l’approche conservatrice  est de sacraliser l’histoire nationale. Non pas simplement la respecter ou voir à sa transmission, mais bien œuvrer à la fixer une fois pour toutes, comme si l’histoire d’un peuple pouvait se reproduire à l’infini sans jamais connaître une quelconque altération. Ils se placent donc souvent en opposition aux néolibéraux sur la place de l’État dans la société. Si ces derniers y voient un frein à la saine concurrence économique, eux y voient plutôt le meilleur garant de la verticalité et d’une certaine idée de l’ordre. 

Les socialistes : coopération, solidarité, démocratie

·       Définition : Les socialistes tirent de la division du travail l’idée que la coopération est plus à même d’organiser la société que la concurrence. Là où le marché laisse au hasard de la compétition de tous contre tous le fin mot de l’organisation sociale, les socialistes ambitionnent de mettre en place une planification démocratique de l’économie afin de voir à son organisation rationnelle. Pour les socialistes, il est possible de comprendre la société, d’agir sur elle et de la transformer dans le sens de l’intérêt du plus grand nombre.

·       Perspective politique : L’élargissement des capacités collectives à décider en commun est donc le trait essentiel d’une politique socialiste. Cela peut passer par une démocratisation du travail et une diminution du temps qui lui est consacré, par la défense de l’éducation gratuite et universelle du primaire à l’université ou encore par la promotion d’une vie démocratique renforcée à l’échelle locale. Chaque fois, l’idée est de mettre de l’avant l’idée qu’il est possible de faire reculer les inégalités et d’assurer une meilleure participation de tous et toutes aux décisions collectives.

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Bien entendu, il n’existe pas de ligne étanche entre ces familles. Un premier ministre conservateur comme Stephan Harper peut très bien adopter des politiques néolibérales en matière fiscale et économique, tout comme un parti traditionnellement ancré au centre gauche comme le PQ peut développer des perspectives politiques conservatrices lorsqu’il s’aventure sur le terrain identitaire.

Ceci étant dit, une telle classification permet de mieux juger de la pertinence et de la cohérence des programmes que les partis soumettent au jugement de l’électorat. À trop vouloir rejoindre des segments d’électeurs disparates, un parti risque de présenter une politique incohérente et, ultimement, impossible à appliquer.

Le grand drame de notre époque est peut-être justement que c’est ce type de parti qui, en fin de compte, est à l’avant-scène depuis trop d’années.