L’inégalité face à l’inflation

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Montréal, le 17 juin 2020 – Existe-il une inégalité face à l’inflation au Québec? Oui, révèle une nouvelle étude de l’IRIS, alors que le coût de la vie a augmenté davantage pour les familles les plus pauvres que pour les plus fortunées entre 1999 et 2019. Pour arriver à ces résultats, l’Institut a analysé le panier de consommation type des ménages de deux personnes et plus en fonction de leur revenu.

« Depuis 20 ans, le prix des biens achetés par les familles les plus pauvres a augmenté plus rapidement que ceux que consomment les familles plus fortunées. Le phénomène d’inégalité face à l’inflation existe bel et bien au Québec », confirme Minh Nguyen, coauteur de l’étude et chercheur associé à l’IRIS. En effet, la hausse du coût du panier de consommation type des 1er et 2e quintiles, soit le 40 % des familles les plus pauvres, a respectivement été de 20,5 % et 22 % plus élevée que celle des familles appartenant au 10 % les plus riches.

« Ce phénomène représente un angle mort important dans notre capacité à analyser les inégalités économiques et l’appauvrissement à long terme », explique l’économiste Pierre-Antoine Harvey, lui aussi chercheur à l’Institut. Puisque les habitudes de consommation varient grandement selon les niveaux de revenu, il est normal que l’augmentation du coût de la vie affecte différemment les familles selon qu’elles sont plus ou moins fortunées.

Confronté à une augmentation importante du prix d’un produit, un ménage peut changer ses comportements et déplacer une partie de sa consommation. « Notre analyse a démontré que ce phénomène de substitution est plus marqué chez les familles pauvres. Face à la hausse des prix, elles auront tendance à compenser en achetant des vêtements ou encore des aliments d’une qualité plus faible, alors qu’on a observé peu de changement de comportements chez les plus riches », indique monsieur Nguyen.

Augmentation des prix due à l’épidémie de COVID-19
L’étude démontre également que ce sont les prix des produits de base tels les aliments, le transport et le logement qui augmentent le plus rapidement. « L’explosion des coûts des aliments prévue dans les prochains mois à cause de la crise liée à la COVID-19 risque d’affecter grandement les familles les plus pauvres, analyse Pierre-Antoine Harvey. Les impacts négatifs sont plus grands pour ces familles, puisque ces produits occupent une place plus importante dans leur budget de dépenses. À l’opposé, les ménages mieux nantis dépensent une plus grande part de leur revenu disponible pour des produits et services non essentiels, tels que les loisirs, pour lesquels l’inflation est moins élevée ». En résumé, les ménages les plus pauvres ont à la fois des revenus qui augmentent moins rapidement et un panier de consommation dont le prix croît plus vite.

Recommandation
Pour diminuer l’inégalité face à l’inflation, l’IRIS recommande d’utiliser, à l’instar de ce qui a été fait dans l’analyse rendue publique aujourd’hui, un indicateur de croissance des prix différencié selon les niveaux de revenus. Minh Nguyen plaide qu’« il s’agit d’un outil complémentaire essentiel pour les décisions économiques et fiscales. » L’inflation est le point de référence à partir duquel plusieurs politiques sociales sont ajustées année après année, comme les tarifs des services publics, les paliers et les crédits d’impôt, la pension de la Sécurité de la vieillesse et même le prix des permis de pêche. Il sert également aux gouvernements et aux entreprises pour évaluer les ajustements des salaires, dont le salaire minimum. « Plutôt que de maintenir leur pouvoir d’achat, les augmentations de salaires ou de prestations gouvernementales selon le taux d’inflation générale appauvrissent les familles les moins nanties », conclut le chercheur.

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