Budget 2021-2022 : le gouvernement fédéral en voie de rater une opportunité historique

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Les dépenses annoncées sont mal ciblées et ne permettent pas de répondre aux défis de notre époque.

Montréal, le 19 avril 2021 – À l’occasion du dépôt de son premier budget, la ministre des Finances du Canada Chrystia Freeland rate l’occasion de rompre avec un modèle économique peu viable sur le plan écologique. La ministre maintient à juste titre le cap sur la stimulation de l’économie, une approche d’ailleurs préconisée par de nombreux pays, mais elle ne consacre que 2,4 % des nouveaux investissements, soit 1,2G$ en 2021-2022, à la transition vers une économie faible en carbone.

« On vit une crise sanitaire oui, mais aussi une crise climatique et des inégalités de richesse qui entraînent des problèmes sociaux importants, réagit Guillaume Hébert, chercheur à l’IRIS. L’heure n’est plus aux demi-mesures. Sur le plan environnemental, il aurait été souhaitable de contraindre davantage les industries les plus polluantes au pays. Quant à la croissance des inégalités économiques, la situation commande que l’on freine la concentration de la richesse par une réforme ambitieuse de la fiscalité. » 

Un budget qui ne prend pas assez « soin »

Les annonces sur les garderies sont une bonne nouvelle pour la population hors du Québec qui réclamait un tel régime depuis longtemps. Une telle mesure est toutefois largement insuffisante pour favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes. « Tout indique que les investissements prévus dans le budget de la ministre Freeland iront en priorité à des secteurs économiques majoritairement masculins tels que les transports, la fabrication et les technologies numériques », explique Julia Posca, chercheuse à l’IRIS. 

« L’absence d’une politique massive de construction de logements sociaux et la démission aussi inexplicable que navrante du gouvernement sur la question d’un régime d’assurance-médicaments universel auront pour effet d’aggraver certains des problèmes sociaux les plus criants », ajoute la chercheuse.

Les transferts ignorés

En santé, les provinces revendiquent depuis plusieurs mois une hausse substantielle des transferts fédéraux pour faire face à la crise sanitaire, mais le gouvernement Trudeau annonce plutôt son intention d’imposer des normes nationales aux centres de soins de longue durée. La hausse des transferts demandée par les provinces aurait représenté cette année une bonification de 5,9 G$ du financement de la santé au Québec, alors que le budget fédéral prévoit une enveloppe dérisoire de 600 M$ par année à partir de 2022-2023 pour bonifier la qualité des services dans le secteur des soins de longue durée. 

« On voit difficilement comment le gouvernement fédéral peut justifier une intrusion dans les compétences provinciales en proposant des investissements qui ne permettent pas de répondre à l’ampleur des besoins dans le secteur des soins de longue durée. La part que recevrait le Québec, soit moins de 140 M$ par année, représente à peine 4 % de son budget dédié à l’hébergement des personnes âgées », note Anne Plourde, chercheuse à l’IRIS.