Réseau de la santé: difficile d’éviter les urgences dans Lanaudière
15 janvier 2026
Montréal, 15 janvier 2026 – Alors que des autorités médicales encouragent la population à éviter les urgences durant les périodes d’achalandage, une nouvelle enquête de l’IRIS révèle qu’accéder à des services de santé dans la région de Lanaudière relève d’un vrai parcours du combattant. Les usagers et les usagères doivent faire preuve d’efforts et de détermination pour obtenir des soins de santé tout en évitant les urgences.
Rappelons que le pourcentage de visites aux urgences considérées comme « non urgentes » peut dépasser 80 % dans certains hôpitaux du Québec. Dans Lanaudière, il est de 37,9 % à l’hôpital Pierre-Le Gardeur et de 51 % à celui de Joliette.
« Il faut être plus à l’écoute de ce que les personnes utilisatrices du réseau ont à dire, sans quoi nous passons à côté de solutions réellement adaptées aux difficultés rencontrées sur le terrain », soutient Guillaume Tremblay-Boily, chercheur à l’IRIS et auteur de l’étude.
Les données recueillies lors de 19 entretiens individuels, d’un cercle de discussion regroupant une douzaine de personnes atikamekw et d’un sondage en ligne auprès de plus de 600 individus, montrent que les visites non prioritaires aux urgences découlent de difficultés d’accès aux services appropriés, et non d’une mécompréhension du rôle des urgences dans le réseau de la santé.
En effet, les personnes questionnées dans le cadre de cette étude déclarent s’être présentées aux urgences parce qu’elles étaient à bout de ressources et avoir tenté, au préalable, d’obtenir des services de d’autres façons. Plusieurs personnes interrogées rapportent même s’être senties coupables d’aller aux urgences, faute d’option alternative.
« Le cas de Lanaudière montre que la sensibilisation à une utilisation adéquate des urgences n’est peut-être pas l’avenue la plus appropriée pour désengorger celles-ci. Si certaines personnes se retrouvent aux urgences alors qu’elles ne nécessitent pas de soins immédiats, c’est qu’elles ont tout essayé et que rien n’a fonctionné », déplore Guillaume Tremblay-Boily.
Discrimination systémique: un obstacle supplémentaire à l’accès aux soins de santé
La complexité des démarches pour naviguer à travers le système de soins n’est pas la seule difficulté rencontrée par les utilisateurs·trices de services de la région qui doivent composer avec d’autres obstacles, comme la discrimination envers les personnes autochtones.
Les personnes atikamekw rencontrées ont fait état d’interactions négatives avec le personnel médical, particulièrement au Centre hospitalier régional de Lanaudière à Joliette, où des employé·e·s seraient depuis longtemps réticent·e·s à soigner des patient·e·s atikamekw.
« Si l’attitude de certains employés se serait améliorée après le décès de Joyce Echaquan, traitant les personnes autochtones avec plus d’égards, les employé·e·s seraient maintenant revenu·e·s à leur attitude antérieure », selon des personnes interrogées par le chercheur.
Malgré les mesures qui ont été mises en place à l’Hôpital de Joliette pour favoriser l’accès au service pour les personnes atikamekw, notre étude révèle que ces changements sont insuffisants et que la méfiance envers les employé·e·s de l’hôpital persiste.
Démédicaliser le réseau de la santé pour le rendre plus humain
L’étude présente les failles d’un modèle d’accès à la première ligne centré sur les groupes de médecine de famille (GMF) et révèle, par contraste, l’efficacité de ressources de proximité polyvalentes et multidisciplinaires comme les CLSC.
L’expérience des personnes interviewées montre que l’inscription auprès d’un·e médecin de famille ne garantit pas d’y avoir accès.
Rappelons que selon des données du vérificateur général datant de 2018-2019, 51 % des visites non urgentes sont faites par des personnes qui ont un·e médecin de famille, ce qui montre que les médecins de famille ne parviennent pas pleinement à prendre en charge les problèmes de santé mineurs.