Y a-t-il un avenir pour les Olympiques?

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Soyons clairs, j’aime les Olympiques. Sans être un mordu, il me semble que chaque édition nous offre son lot de performances époustouflantes et de grands exemples d’esprit sportif dans un contexte politique souvent complexe. Bien sûr, tout cela est présentement entaché par de nombreux scandales de dopage, tous sports confondus, ce qui montre bien qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Comité international olympique (CIO). 

 

On le voit, les Olympiques sont une machine à générer de l’image, que ce soit sur le terrain, où une fraction de seconde peut faire passer un ou une athlète de la gloire à l’oubli, ou devant le téléviseur, où la publicité est omniprésente. Ainsi, à chaque édition, les villes et les pays hôtes s’efforcent de se montrer sous leur meilleur jour en investissant toujours plus d’argent dans diverses infrastructures qui souvent sont vétustes dix ans plus tard. Ce n’est pas étonnant, dans un contexte où les économies étatiques cherchent à « créer » de la richesse sans nuire à l’entreprise privée, que les Jeux olympiques semblent une des rares idées enthousiasmantes (c’est bien là tout le problème). Malheureusement, en réalité, les prétendues retombées économiques des JO ne sont qu’une chimère. Il suffit de penser à la ville de Sotchi, qui a accueilli les Jeux olympiques d’hiver en 2014 : elle ressemble aujourd’hui à une ville fantôme, et ce, malgré des investissements de 55 milliards de dollars (un dépassement de coût de 450 %). En fait, on estime que le coût du maintien des installations olympiques et des paiements d’intérêts pour leur construction représente plus de 1,2 milliards de dollars annuellement. Pourtant, les Jeux de Sotchi ont produit les plus importants revenus publicitaires de l’histoire avec 1,6 milliards de dollars de revenus. Il est assez évident que la redistribution de 55 milliards de dollars à la population aurait eu un effet économique plus marquant sur la vie des Russes que le fiasco qu’ont été les Jeux de Sotchi.

Tout semble indiquer que la ville de Rio de Janeiro connaitra un sort en partie similaire. Rio étant plus populeuse que la balnéaire Sotchi, on ne peut imaginer cette ville devenir fantôme. Néanmoins, les retours économiques des Olympiques risquent d’être très faibles, voire nuls, alors même que le Brésil tente de reconstruire son économie. En fait, pour financer les Olympiques, le gouvernement brésilien augmentera les mesures d’austérité, ce qui creusera davantage l’écart déjà énorme entre les plus riches et les plus pauvres. Encore une fois, les 13 milliards de dollars (estimation) dépensés par l’État brésilien serviraient bien plus l’économie en étant redistribués de manière progressive dans la population, qui a bien plus besoin d’argent que de stades qui seront vides d’ici peu. On vend les Olympiques comme étant une occasion de faire bénéficier le commerce, grâce au tourisme à court et à moyen termes, tout en renforçant des infrastructures pour stimuler l’économie. Malheureusement, il semble de plus en plus évident que les États dépensent des sommes astronomiques dans des stades et des installations de transport et d’hébergement peu fréquentées par la suite, ce qui rapidement devient un fardeau économique plus qu’un bénéfice. On peut bien considérer que les Olympiques permettent de mettre certaines villes « sur la mappe », mais à l’ère des télécommunications, il semble que cet effet, difficilement quantifiable, se soit atténué. Investir des sommes si importantes pour deux semaines d’intenses compétitions est tout simplement ridicule. 

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que de plus en plus de pays refusent de recevoir les Jeux, d’où la question qui coiffe ce texte. Pour espérer raviver l’intérêt, le CIO tente de convaincre les pays de s’unir pour présenter les Jeux, mais rien ne laisse présager que cela aura un impact marquant vu les nombreuses démonstrations du peu d’intérêt économique de toute forme de grand événement sportif. 

À mon sens, cette solution peut être intéressante à condition de savoir partager intelligemment les infrastructures. Peut-être qu’allonger la période des Jeux pour éviter de concentrer les compétitions de dizaines de sports en deux semaines permettraient de diminuer les besoins logistiques, et donc les coûts. Néanmoins, pour la survie de l’olympisme, il faudra apprendre à faire marche arrière et arrêter de voir dans un événement de la sorte une politique de relance économique. Il faut, bien au contraire, apprendre à diminuer la course aux dépenses insensées et se rappeler qu’au fond tout cela ne reste que du sport.    

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