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Qu’est-ce que le taux de chômage?

14 janvier 2013


Indicateur populaire auprès des journalistes et des politicien·ne·s, on l’utilise souvent pour se comparer soit géographiquement, soit dans le temps. Est-ce que cette crise est pire ou moins pire que la dernière ou que celle ailleurs? Hop! Un petit taux de chômage pour se mettre en contexte. Fréquemment utilisé, on finit par avoir l’impression de bien le connaître, comme un vieil ami. Et pourtant… Que contient le taux de chômage? Dans quelle mesure est-ce un indicateur « universel »? Est-ce que notre système économique permet vraiment un taux de chômage nul? Est-ce que c’est un but que nous devrions viser collectivement? Alors que le débat fait rage autour de la question des emplois saisonniers et du chômage, ce petit texte cherchera à éclairer un peu la notion même du taux de chômage.

D’abord, commençons par la petite histoire. La notion de « chômage » n’a pas toujours existé telle que nous la connaissons actuellement. En effet, pour qu’une personne soit « chômeuse », il lui doit être possible d’être « travailleuse », donc d’avoir un travail et, bien souvent, d’être salariée. Bien entendu, dans chaque système économique, il y avait des « inactifs » qu’il fallait gérer, mais c’est avec la révolution industrielle et l’institutionnalisation des relations de travail que le « chômage » devient un enjeu politique. Contrairement au paysan, le prolétaire peut clairement faire la distinction entre son activité économique et le reste de sa vie. Bref, la situation d’emploi devient importante et le système économique basé sur la propriété privée des modes de production oblige une majorité à dépendre des employeurs pour trouver du travail et avoir assez d’argent pour survivre.

Définitions et comparaisons

Revenons au concept de chômage actuel. Selon Statistique Canada, « les chômeurs sont les personnes qui, durant la semaine de référence, n’avaient pas de travail, étaient disponibles pour travailler et avaient été mises à pied temporairement, avaient cherché un emploi au cours des quatre dernières semaines ou devaient commencer un emploi au cours des quatre prochaines semaines. » Un ou une chômeuse n’est donc pas nécessairement admissible au programme d’assurance-chômage. En effet, un ensemble de critères existent pour déterminer qui a droit ou non à des prestations. Pour connaître le taux de chômage, on prend alors le nombre de personnes qui se cherchent activement un emploi que l’on compare à la population active, donc à l’ensemble des personnes âgées entre 15 et 64 ans et qui sont aptes au travail.

Si la plupart des pays utilisent plus ou moins la même définition comme base pour le calcul du taux de chômage, il existe des différences importantes entre, par exemple, les critères qui correspondent à la recherche « active » d’un emploi. Par exemple, est-ce que recenser les annonces classées est suffisant? Le Canada répond oui, mais pas les Etats-Unis. De plus, ces derniers calculent la population active à partir de 16 ans plutôt que 15. La conséquence directe de ces choix est un taux de chômage artificiellement plus bas au sud de la frontière. Des différences existent également avec les différents pays européens qui eux aussi excluent les recherches « passives », mais incluent, à la différence du Canada et des États-Unis, la population militaire. Bref, derrière les statistiques sur le taux de chômage se cachent parfois des réalités bien différentes, qui varient également avec le temps dans un même pays.

À ces variations à l’intérieur des définitions officielles du chômage il faudrait également compléter le portrait avec les grands absents de tous ces calculs. D’abord, il y a les personnes qui se sont découragées, qui ont arrêté de chercher, mais qui aimeraient quand même trouver un emploi. À celles-ci, on peut ajouter celles qui occupent un emploi qui ne les satisfait pas, qui sont sous-employées, qui travaillent à temps partiel, et qui se cherchent un emploi. Aux États-Unis, la prise en compte de ces populations double presque le taux de chômage. Au Canada, l’effet est moins spectaculaire, mais on peut voir le taux monter de quelques points de pourcentage.

Il existe néanmoins d’autres indicateurs, plus justes, pour parler de l’emploi. Le taux d’emploi, par exemple, inverse la question. Plutôt que de regarder combien de personnes ne travaillent pas et d’essayer de déterminer leur volonté réelle à se trouver un emploi, on part de celles qui occupent un emploi et on les compare ensuite à l’ensemble de la population de plus de 15 ans. Loin d’être parfaite (encore difficile de juger du sous-emploi ou bien du marché noir), cette mesure simple permet plus facilement les comparaisons puisqu’il est plus difficile de « jouer » avec les définitions.

Chômage et plein-emploi

Mais au-delà de la manière de les calculer, les statistiques autour de l’emploi existent pour bien plus que des comparaisons internationales ou historiques. Si on s’intéresse tant au sujet, c’est que le système économique et politique dans lequel on vit valorise le plein-emploi. Ainsi, un taux de chômage élevé, ou un taux d’emploi bas, est vu comme un problème à résoudre, un défi auquel s’attaquer. Les endroits où le taux de chômage est particulièrement bas sont valorisés et montrés en exemple. S’il est bien entendu louable de vouloir offrir un emploi à toutes les personnes qui désirent travailler, il faut rester vigilant sur quelques points. D’abord, tout travail n’est pas un « bon » travail et il faut s’assurer de la qualité de ces emplois avant de célébrer leur création. Ensuite, notre système économique demande une certaine mobilité dans la main-d’œuvre, ce que nous pouvons appeler une « réserve de travailleurs ». Pour permettre la croissance, de nouvelles entreprises doivent se créer, grossir, se renouveler et doivent donc pouvoir compter sur une masse employable et disponible.

Le plein-emploi a également ses effets pervers. Prenons l’exemple des booms miniers et pétroliers. Les emplois affluent alors dans certaines communautés, diminuant parfois drastiquement le taux de chômage. Toutefois, on assiste également à une inflation croissante, notamment au niveau immobilier, ainsi qu’à certaines frictions sociales autour des personnes inactives difficilement employables. Rares d’ailleurs sont les gouvernements qui visent des taux de chômage plus bas que 4%. C’est quand même dans la création de nouveaux emplois, surtout dans le secteur privé, qu’ils cherchent majoritairement à combler le fossé entre le taux de chômage actuel et celui qu’ils considèrent idéal. Une réflexion plus large comprenant le type d’emploi à valoriser, la productivité de nos sociétés et notre relation au travail serait bien plus porteur, mais oh combien plus difficile.

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