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Les graphiques (1): tronquer ou pas tronquer, là est la question!

30 novembre 2011


Dans le premier billet de ce blogue, quelques commentateurs ont critiqué la façon dont les graphiques étaient présentés, en particulier les graphiques tronqués, c’est-à-dire dont l’axe des Y (l’ordonnée) ne part pas à 0. Dans son Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Normand Baillargeon met lui aussi en garde contre ce type de graphiques.

Il y a quelques mois, Paul Krugman s’est fait lui aussi reprocher la même chose. Il a répondu dans un billet qu’il a intitulé de façon fort humoristique Les axes du mal. Il a joint à sa réplique un graphique montrant les variations mensuelles de température à New York en degrés Kelvin! Ben quoi, tant qu’à vouloir un graphique qui part à zéro, il est tout à fait normal de le faire partir au zéro absolu, non? Sinon, en utilisant des degrés Celsius, par exemple, ce serait tricher à l’aide d’une convention!

Voici ce que ça donne :

Température mensuelle à New York

Mon doux que les températures ne changent pas à New York! Comme Krugman le dit dans son billet, ce graphique ne sert pas à grand chose…

Il en est de même dans bien des domaines. Voici un autre exemple qui comporte selon moi deux défauts. D’une part, celui de partir à zéro pour le taux d’emploi, d’autre part de mettre sur un même graphique deux variables dont les données sont d’ordres de grandeur bien différents.

Évolution des taux d'emploi et de chômage au Québec

On voit que le taux d’emploi a augmenté, mais pas tellement. Le taux de chômage, lui, semble n’avoir varié que très peu durant cette période, avec peut-être une petite poussée entre 1980 et la fin des années 1990. Pour voir plus clair, il est de loin préférable de ne pas mettre ces deux variables dans le même graphique. Ensuite, on est mieux de faire partir l’axe des Y du taux d’emploi à disons 50 %. Voyons ce que ça donne. Évolution du taux d'emploi au Québec

Wow, là je peux dire pas mal plus de choses! Je peux voir que :

  • la tendance à la hausse est bien nette (mais qu’il serait étonnant que ce taux augmente autant à l’avenir, ayant atteint ce qui semble être un plateau);
  • il y a eu une récession au début des années 1980;
  • il y en a eu une autre au début des années 1990;
  • la baisse du taux d’emploi y fut de même ampleur, mais plus graduelle;
  • la reprise de la première fut en V, mais celle de la seconde en U, le taux d’emploi ayant mis 4 ans à retrouver son niveau maximal antérieur dans les années 1980 et 12 ans dans les années 1990 (et 2000);
  • la récession que nous venons d’avoir (2008-2009) fut de bien moindre ampleur que les précédentes;
  • et ainsi de suite.

N’est-ce pas plus intéressant? En plus, si j’avais fait ce graphique avec l’évolution du taux d’emploi par sexe, il y aurait encore plus de choses à dire. Mais, l’idée ici n’est pas de discuter du taux d’emploi, mais des différentes façons de présenter un graphique.

Le taux de chômage, maintenant…

Évolution du taux de chômage au Québec

On voit encore pas mal mieux que sur le premier graphique! Aurai-je dû le faire partir à 6 % pour mieux voir? J’aurais pu… Mais, on voit quand même ici très bien les variations et leur ampleur. Par exemple, si les récessions des années 1980 et 1990 ont eu un impact semblable sur le taux d’emploi, on voit bien sur ce dernier graphique que l’impact sur le taux de chômage fut un peu plus fort pour le premier. Est-ce que je verrais mieux en tronquant le graphique? Un peu, sûrement. Est-ce que ça vaut la peine de le faire? Je ne crois pas.

Le fait de ne pas tronquer un graphique n’est pas un dogme. D’ailleurs, personne ne me reprocherait (j’espère!) d’avoir parti l’axe des X à 1976 plutôt qu’à l’an 0 (qui est en fait une convention, le vrai zéro remontant encore plus loin…)! Il s’agit de regarder chaque situation selon les avantages et les désavantages de tronquer ou non. Lorsque l’avantage de tronquer est mince, comme dans le cas du taux de chômage, je préfère ne pas le faire. Mais quand l’avantage est énorme comme dans le cas du taux d’emploi, je n’hésiterai jamais à le faire!

De toute façon, il y a tellement d’autres pièges dans la façon de présenter un graphique qu’il ne faut pas s’empêcher de bien comprendre l’évolution d’un phénomène en raison d’un principe pas toujours vraiment essentiel. Nous verrons quelques-uns de ces pièges dans un prochain billet.

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