Icône

Aidez-nous à poursuivre notre travail de recherche indépendant

Devenez membre

Les emplois peu spécialisés et la délocalisation

15 novembre 2011


On entend parfois des gens dire que les emplois peu spécialisés sont en voie d’extinction en raison de leur délocalisation dans les pays à bas salaires. Je l’ai même lu de la bouche (disons de la plume…) d’un professeur d’économie universitaire. Mais qu’en est-il vraiment?

En fait, parmi les emplois peu spécialisés, les seuls qui ont été vraiment touchés par la délocalisation sont ceux du secteur manufacturier. Dans le secteur primaire, surtout dans l’agriculture, ce sont plutôt les travailleurs de ces pays qui viennent ici parce que nos employeurs ne trouvent plus de main-d’œuvre locale prête à faire ces tâches et à le faire aux conditions de travail offertes.

Dans la construction, il est impossible de délocaliser les emplois, la livraison de maisons et d’immeubles construits dans ces pays n’étant pas facile… Reste le secteur de la vente et services, qui embauche maintenant plus de 80 % des employés peu spécialisés. Sont-ils délocalisables? Regardons ce qu’il en est pour les principales professions.

  • caissiers de magasins et commis d’épicerie : il faudrait que les magasins les suivent dans ces pays et la clientèle serait peu portée à prendre l’avion pour faire son épicerie…
  • serveurs au comptoir et aides-cuisiniers : même chose, aller en Chine pour payer son café moins cher n’est pas une bonne idée… ni pour un restaurant de faire couper ses légumes en Inde!
  • gardiens de sécurité : on leur demande justement d’être bien visibles et de vérifier nos établissements;
  • préposés au nettoyage : envoyer nos hôtels en Chine et nos hôpitaux en Inde pour changer les draps et nettoyer les chambres n’est pas encore dans les plans;
  • concierges d’immeubles : on a compris l’idée!

Mais, je me méfie toujours des raisonnements basés sur des impressions comme celles-là. Venant à la rescousse, Statistique Canada a justement sorti une étude récemment (octobre 2010) sur le sujet, Possibilité de délocalisation et rémunération dans le secteur des services. Qu’y lit-on? Tout d’abord, on énonce les critères de délocalisation dans le secteur des services :

« Comme l’ont souligné van Welsum et Reif (2005), les professions susceptibles d’être touchées par la délocalisation des services ont de nombreuses caractéristiques en commun. Tout d’abord, elles utilisent de façon intensive les technologies de l’information et des communications (TIC). Deuxièmement, leurs produits peuvent être échangés ou transmis au moyen des TIC. Troisièmement, leur contenu de connaissances est hautement codifiable.  quatrièmement, elles ne requièrent aucun contact en personne. »

Hum, je ne reconnais pas les professions peu spécialisés dont j’ai parlé plus tôt… Mais, avec ces critères, combien d’emplois seraient délocalisables? «Environ le quart de tous les emplois occupés dans le secteur des services privés peut faire l’objet de délocalisation»

Ouf, le quart! C’est quand même beaucoup… Mais, quels sont ces emplois?

« Les emplois du secteur des services détenus par des travailleurs peu scolarisés ne sont pas les plus susceptibles d’être délocalisés. En fait, le contraire est vrai. Globalement, environ 40 % des emplois du secteur des services occupés par des titulaires de diplôme universitaire risquaient d’être relocalisés en 2009, soit plus de deux fois le taux de 16 % observé pour les emplois occupés par des personnes ayant un diplôme d’études secondaires ou un niveau d’études inférieur. »

On peut consulter plus de caractéristiques sur ces emplois à la page 7 du document et la liste des professions vulnérables à la délocalisation aux pages 8 et 9.

Bref, contrairement à ce qu’on laisse entendre bien souvent, ce sont les emplois de niveau universitaire qui sont les plus plus vulnérables à la délocalisation et les emplois peu spécialisés qui le sont le moins. Que cela n’empêche toutefois personne de poursuivre ses études au niveau universitaire… s’il en a les moyens!

Icône

Restez au fait
des analyses de l’IRIS

Inscrivez-vous à notre infolettre

Abonnez-vous

Partager