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Le luxe de la sécurité financière

25 septembre 2015

  • Julia Posca

Alain Bouchard, pdg du groupe Alimentation Couche-Tard, a affirmé en mai dernier à l’occasion d’une causerie organisée par le Cercle canadien de Montréal, un club sélect réunissant des membres de la communauté des affaires, que « l’acquisition de connaissances économiques stimulerait la création de richesse ». Venant de quelqu’un dont l’entreprise au Québec paie les personnes qu’elle emploie à peine au-dessus du salaire minimum, cette déclaration a de quoi surprendre. M. Bouchard, lui, a touché un salaire avec compensations de 7,9 millions de dollars en 2014. Mais ce n’est pas tout. Cette année-là, il a aussi décroché la 28e position dans le classement 2015 des plus grandes fortunes canadiennes selon le Canadian Business, et ce, grâce à une richesse évaluée à 2,5 milliards de dollars.

De la richesse, il s’en crée au Québec or, tout comme les revenus, elle est très mal répartie. Par richesse, ou patrimoine, on entend la valeur de tous les avoirs financiers (dépôts bancaires, actions et obligations, avoirs dans un fonds de pension, un REER ou un CELI, etc.) et des avoirs ou actifs non financiers (immeubles, terrains, véhicules, objets de valeur, etc.) qu’une famille accumule et dont on soustrait la valeur totale de ses dettes (hypothèques, cartes de crédit, prêts automobiles, prêts étudiants, etc.). Alors que le revenu permet de couvrir les dépenses courantes, le patrimoine agit comme un coussin financier tout au long de la vie.

Dans une étude publiée hier, nous montrons que les 20 % des familles québécoises les plus fortunées accaparaient 61 % de la richesse en 2012, alors que le quintile central ne possède que 10 % de tout le patrimoine, et que le quintile inférieur n’en détient qu’une part négligeable. Pire encore, les 10 % des familles les plus riches possèdent à elles seules près de 50 % de tout le patrimoine. Le patrimoine médian du quintile supérieur, qui atteint 1 334 500$, équivaut à 6,5 fois le patrimoine médian de l’ensemble des familles, et à 785 fois celui des familles du quintile inférieur.

Contrairement à la plupart des familles pour qui la résidence constitue l’avoir principal,  les familles fortunées peuvent en outre compter sur des actifs plus variés. À leurs avoirs immobiliers s’ajoutent de substantiels avoirs dans des régimes de pension, ainsi que des capitaux propres dans des entreprises et d’autres avoirs financiers. Cela signifie que les mieux nantis sont plus à l’abri de la baisse de la valeur d’un actif, ou encore d’une perte inattendue de revenus. Bref, toutes les familles ne peuvent compter sur les mêmes ressources pour assurer leur sécurité financière et faire face aux soubresauts de l’économie.

Par ailleurs, nous constatons que la concentration des revenus contribue à la concentration du patrimoine. En 2012, les 10 % des familles ayant les plus hauts revenus détenaient aussi 32 % de tout le patrimoine, alors qu’ils concentrent environ 27 % des revenus après impôt. La valeur nette médiane de ce groupe (1 050 000$) représente cinq fois le patrimoine médian et 339 fois le patrimoine médian des 10 % des familles ayant les plus faibles revenus.

L’étude présente d’autres données inquiétantes, notamment en matière d’égalité entre les hommes et les femmes et en ce qui a trait à la capacité des familles de se constituer une épargne-retraite à la hauteur de leurs besoins. Sans surprise, les familles dont le principal soutien est une femme ont une richesse médiane qui équivaut à seulement 60 % de celle des familles soutenues par un homme.

Le portrait de la répartition du patrimoine au Québec, brièvement résumé dans ce billet, tend alors à renforcer l’idée que lorsque l’économie croît très faiblement, comme c’est le cas depuis les dernières années, l’écart se creuse entre les familles dont le revenu est trop faible pour épargner en vue de leurs besoins futurs et celles qui, profitant d’une position avantageuse sur le marché du travail ou parce qu’elles ont eu la chance d’hériter d’une fortune déjà bien garnie, ont les moyens de faire fructifier de l’argent acquis sans trop d’efforts.

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