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La France du PS: La mission impossible de l’emploi

2 octobre 2012


En France, l’enjeu de l’emploi n’est pas neuf. Le Couperet, de Costa-Gavras, illustrait déjà en 2005 une société française obsédée par l’emploi et le spectre du chômage. Sous une atmosphère de sauve-qui-peut, les personnages de ce film sont tous anxieux à l’idée de perdre leur boulot ou deviennent prêts à tout pour en dénicher un.

La situation économique s’est dégradée en Europe au cours des dernières années, empirant le climat de tension sociale. Lorsque Nicolas Sarkozy devient président en 2007, il promet le plein-emploi d’ici la fin de son mandat, autrement « Je le dis aux Français : c’est un échec, j’ai échoué et c’est aux Français d’en tirer les conséquences ». Non seulement Sarkozy prophétisait-il son propre échec, mais, sous l’effet de la crise, le chômage grimpa de près d’un million de personnes durant son quinquennat, surpassant les 3 millions pour une première fois depuis 1993, sous la présidence de François Mitterrand.

Encore là, il faut voir comment on fait le calcul. Si l’on ajoute les gens qui « exercent une activité réduite », c’est-à-dire qui travaillent un nombre d’heures limité tout en déclarant toujours chercher un emploi, le chiffre grimpe à près de 5 millions de personnes.

Certains Français se consolent en se comparant à la moyenne européenne du taux de chômage qui atteint désormais un record, à 11,3%.  Cette moyenne est poussée à la hausse par des pays au cœur de la tourmente comme l’Espagne et la Grèce (environ 25%), ou encore l’Irlande et le Portugal (plus de 15%).

Hollande n’a pas promis comme Sarkozy le plein-emploi en France, mais il s’est lui aussi montré très ambitieux en s’engageant à renverser la courbe du chômage d’ici un an. Cet objectif apparaît d’autant plus difficile que le gouvernement français s’apprête à mettre en œuvre un plan d’austérité visant à trouver 30 milliards d’euros, soit 20 via des hausses d’impôt et 10 par le biais de coupures budgétaires, ce qui ramènerait le déficit à 3% du PIB en 2013. Dans ce contexte, une quelconque relance de l’économie ou de l’emploi fait figure de lubie.

Pour réaliser l’impossible, François Hollande mise sur des outils tels que l’accès à des « emplois d’avenir » et la mise en place de « contrats de génération ». Dans le premier cas, il s’agit de créer 150 000 emplois, subventionnés à 75% par l’État et figurant dans une catégorie « d’activités d’avenir ou dont l’utilité sociale est avérée », qui  seront destinés à des jeunes diplômés de 16 à 25 ans résidant dans les zones urbaines sensibles. Cette politique est directement inspirée des années Jospin.

Quant aux contrats de génération, ils consisteront, s’ils reçoivent l’aval des « partenaires sociaux » et du pouvoir législatif, à jumeler des jeunes travailleurs à des seniors (plus de 57 ans) dans le cadre de contrats à durée indéterminée. Les entreprises bénéficieront d’avantages fiscaux et le gouvernement espère ainsi stabiliser le chômage parmi les deux catégories d’âges visées.

Pour mettre en place ces réformes, le président Hollande appelle à un compromis historique permettant d’agir sur la compétitivité, la flexibilité du travail, et la « sécurisation des parcours professionnels », soit la mise au rancart de la sécurité d’emploi et son remplacement par des cotisations et avantages sociaux qui suivent les travailleurs dans leurs différents emplois.

Les plus grands syndicats sont ambivalents vis-à-vis de ces mesures et sceptiques sur le pari de retournement de la courbe du chômage. Ils souhaiteraient mettre l’accent sur la lutte à la précarité, la défense du pouvoir d’achat et le contrôle des entreprises qui souhaitent fermer.

En 1967, Georges Pompidou faisait cette mise en garde : « Si un jour on atteint les 500.000 chômeurs en France, ça sera la révolution ».

L’ébullition sociale n’y est pas encore ce qu’elle est dans le sud de l’Europe, mais si Hollande échoue autant que ne l’a fait Sarkozy, la contestation atteindra un niveau d’intensité dont les conséquences sont imprévisibles.

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