Syndicalisme | Les syndicats améliorent-ils la santé de la population?
30 janvier 2026
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Durant la dernière année, le gouvernement de François Legault a multiplié les mesures contraignantes à l’encontre du syndicalisme au Québec. La proximité de la Coalition Avenir Québec (CAQ) avec le monde des affaires peut expliquer son biais défavorable aux organisations qui défendent l’intérêt des travailleurs et des travailleuses. Il n’en demeure pas moins que plusieurs des politiques antisyndicales – et antidémocratiques – mises de l’avant par le gouvernement sont fondées sur une analyse erronée du rôle des syndicats dans la société québécoise et des conséquences de leur présence. Dans cette série d’articles, l’IRIS déboulonne les mythes sur le syndicalisme et met en relief la grande diversité des enjeux liés à l’action de ces regroupements de salarié·e·s.
L’automne dernier, le ministre du Travail Jean Boulet a déposé le projet de loi 3, qui vient notamment restreindre l’usage que font les syndicats des cotisations en introduisant le concept de « cotisations facultatives » pour désigner les fonds utilisés pour des activités qui ne sont pas directement liées aux conditions de travail. Les montants dépensés pour des campagnes d’information et de sensibilisation ou encore pour la participation à des mouvements sociaux entreraient dans cette catégorie et seraient soumis à un encadrement plus serré. Par cette tentative de contrôler davantage les dépenses syndicales, le ministre Boulet laisse entendre que les syndicats agiraient de manière frivole en utilisant les cotisations de leurs membres pour se mêler de ce qui ne les regarde pas.
Qu’en est-il réellement? La recherche montre plutôt que, lorsqu’ils jouent pleinement leur rôle d’acteurs de la société civile, les syndicats contribuent à des avancées sociales qui bénéficient aux syndiqué·e·s et à l’ensemble de la population. Leur implication dans des campagnes politiques a permis par exemple d’améliorer le sort des travailleurs et des travailleuses les plus précaires, de réduire les inégalités entre femmes et les hommes ainsi que d’accroître la participation démocratique.
Plusieurs études montrent aussi que le syndicalisme a un effet positif sur l’état de santé de la population. De prime abord, il est aisé d’imaginer que les syndicats favorisent la santé de leurs membres en revendiquant de meilleures assurances collectives ou en soutenant la santé et la sécurité au travail. Mais leur contribution en matière de santé va bien au-delà de ces enjeux liés aux conventions collectives et au Code du travail.
En effet, ici et ailleurs, les syndicats ont activement participé à la création de systèmes de santé publics universels. Dès 1919, le Conseil des métiers et du travail de Montréal réclame l’instauration d’un programme d’assurance-maladie. Au fil des décennies, les demandes syndicales en faveur d’une assurance santé se font plus pressantes. En 1957, la FTQ et la CTCC (l’ancêtre de la CSN) déposent un mémoire conjoint qui appelle à la création d’une assurance-santé dont le caractère universel apparait incontournable : « Tout citoyen, indépendamment de ses moyens de fortune, a un droit à la sécurité sociale du fait même qu’il appartient à la communauté ». Après l’adoption de l’assurance-hospitalisation en 1961, le mouvement syndical québécois poursuit la pression en faveur d’un régime public qui couvrirait également les soins médicaux non-hospitaliers. Loin d’être unique au Québec, la mobilisation syndicale en faveur de la santé a aidé à la construction de systèmes de santé publics en Australie, au Royaume-Uni et ailleurs en Europe.
Durant les années 1960, les syndicats québécois ne se contentent pas de prôner une assurance-maladie universelle. Ils mettent de l’avant une conception globale de la santé qui tient compte de l’effet des structures économiques et des inégalités sociales. Au nom du droit à la santé, ils prônent une approche préventive qui prend en considération les besoins des personnes défavorisées et des régions moins bien desservies. Cette vision, promue aussi par les groupes communautaires, est partiellement reprise par le gouvernement québécois lors de la mise en place des CLSC. Le retour à un modèle semblable permettrait d’ailleurs de résoudre plusieurs problèmes actuels du système de santé québécois.
Les syndicats, des acteurs de la santé publique
Encore aujourd’hui, les syndicats jouent un rôle positif en ce qui concerne la santé. Une littérature scientifique croissante montre que la syndicalisation et la force syndicale sont des facteurs favorables à l’amélioration de la santé de la population. Ainsi, à partir de données issues de 33 pays de l’OCDE, Sochas et Reeves ont démontré que les inégalités de santé étaient moins grandes lorsque les syndicats représentaient une plus grande proportion de la main-d’œuvre, un résultat qui les invite à prôner un renforcement des institutions syndicales. Dans le même ordre d’idées, en utilisant des données des provinces canadiennes pour les années 2000-2020, des chercheurs ont montré qu’une hausse du taux de syndicalisation était associée à une baisse de la mortalité évitable. D’autres chercheurs se sont penchés sur les différents raisons expliquant l’effet bénéfique des syndicats sur la santé des populations. Ils en concluent qu’on peut considérer le syndicalisme comme un déterminant social de la santé.