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Le Québec, champion des dépenses en soins buccodentaires

15 septembre 2022

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L’IRIS publiait en 2018 une fiche socioéconomique analysant l’accessibilité et le coût des soins dentaires au Québec. Il s’agissait alors de la province canadienne où les dépenses moyennes des ménages en matière de soins dentaires étaient les plus élevées au Canada. Le Québec connaissait également une forte croissance de la proportion de la population adulte (27 %) se privant de soins dentaires pour des raisons financières. Quatre ans plus tard, ce portrait a-t-il changé? 

En 2019, les ménages québécois ont déboursé en moyenne 461 $ pour les dépenses directes associées aux soins dentaires, un montant 14,1 % plus élevé qu’en 2010. En Ontario, ces dépenses ont atteint 390 $ en Ontario, en hausse de 8,9 % par rapport à 2010. Si on ajoute une estimation des montants liés aux primes des régimes privés d’assurance dentaire, on peut supposer que les ménages québécois dépensent en moyenne 510 $ annuellement en santé dentaire, soit une hausse de 17 % en 10 ans. Cette moyenne fait à nouveau du Québec la province dont les ménages dépensent le plus en soins dentaires au pays. Le graphique ci-bas montre l’évolution comparative de ces dépenses entre le Québec, l’Ontario et la moyenne canadienne.

En matière d’évolution des dépenses, comment se comparent les soins buccodentaires à d’autres domaines de la santé où le privé assume aussi un rôle prépondérant, tels que les soins oculaires et l’achat de médicaments sous ordonnance? Ces deux deux secteurs ont sur la même période crû beaucoup moins rapidement que les soins buccodentaires, soit respectivement 0,6 % et -8,8 %.

Bref, le portrait est le suivant : les ménages québécois paient encore leurs soins buccodentaires plus cher qu’ailleurs au Canada, et leur coût augmente plus vite que les autres types de soins dispensés dans le secteur de la santé. Cet écart affecte particulièrement les ménages moins fortunés, ce qui s’observe comme nous le verrons ci-bas par d’importantes disparités de santé buccodentaire entre les plus riches et les plus pauvres de la société. 

Un secteur marqué par les inégalités socioéconomiques

En 2016, la proportion d’adultes québécois s’étant privés de soins dentaires dans les 12 derniers mois pour des motifs économiques se situait à 27 %, soit 6 points de pourcentage de plus que la moyenne des 12 pays évalués. Malheureusement, les données permettant de mettre à jour ce portrait n'ont pas été reproduites depuis. Or, des chercheurs canadiens, anglais et américains ont publié une étude en mai dernier dont l’objectif était de comparer les inégalités socioéconomiques en matière de maux dentaires entre le Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis. Cette comparaison est intéressante, car le Royaume-Uni se distingue par sa couverture universelle publique des soins dentaires.

Les résultats auxquels est parvenue l’étude sont clairs et confirment la nécessité de rendre l’accès aux soins dentaires gratuit pour l’ensemble de la population. Les inégalités en matière de maux dentaires selon le statut socioéconomique sont en effet beaucoup plus importantes au Canada qu’au Royaume-Uni. Par exemple, l’écart d’édentation entre les plus riches et les plus pauvres est trois fois plus grand au Canada qu’au Royaume-Uni. En matière de dents cariées, l’écart canadien est 1,5 fois plus élevé qu’au Royaume-Uni. 

Rappelons que seuls 39 % des Québécois·es de 45 ans et plus déclaraient en 2008-2009 posséder une assurance dentaire. Au Canada, c’est 37,5 % de la population qui ne bénéficiait pas d’assurances dentaires. Ces données n’ont malheureusement pas été mises à jour depuis.

Cette situation a certainement contribué au fait que durant la pandémie, 44 % de la population québécoise a rapporté avoir eu de la difficulté à accéder à des soins dentaires. Ce taux a frisé les 50 % pour les régions de Montréal, de l’Outaouais et de la Montérégie. L’instauration de frais supplémentaires et la perte de revenu étaient évoquées par 9,3 % des personnes dans cette situation.

Une assurance universelle

Selon des calculs effectués par le directeur parlementaire du budget en 2020, une fois mise en place, une assurance dentaire pour les non-assurés coûterait environ 1,5 milliard de dollars annuellement, soit 0,44 % du budget de dépenses fédéral de 2021-2022. Notons cependant qu’étant une grande demande initiale, le coût de mise en place coûterait probablement plus de 4 milliards de dollars lors de la première année. De fait, le gouvernement fédéral a prévu au budget 2022 5,3 milliards de dollars sur 5 ans pour favoriser les soins de santé aux moins nantis.

L’instauration d’une couverture dentaire publique aurait toutefois des répercussions à la baisse sur le coût du système de santé au Québec. En effet, on estime qu’au Canada, 1 % de toutes les visites annuelles aux urgences sont le fait de patients souffrant de problèmes dentaires non urgents, tels que des maux de dents ou des caries. Il a été calculé qu’en Colombie-Britannique, ces visites représentaient des coûts de 155 millions de dollars pour la province.

Dans ce contexte, une telle mesure ferait épargner aux provinces canadiennes 2,1 milliards de dollars en 2022 en coûts de santé. Pour le Québec, ces économies s’élèveraient à 470 millions de dollars (calcul des auteurs). Considérant que les médecins ne traitent pas les problèmes buccodentaires aux urgences, les coûts des examens médicaux tout de même engendrés par ces visites à l’urgence constituent un gaspillage évident.

En somme, un accès universel aux soins de santé buccodentaires est non seulement souhaitable pour la population, dont l’état de santé s’améliorerait, mais également pour le réseau de la santé, puisque la pression sur les urgences s’en trouverait diminuée.

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