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Et si les vaccins ne suffisaient pas ?

10 avril 2021

  • Guillaume Hébert

La troisième vague de coronavirus s’est abattue sur le Québec et a semé l’inquiétude. Alors que l’attention était surtout portée sur la campagne de vaccination, la recrudescence des cas ainsi que la remontée du nombre d’hospitalisations rappellent que la pandémie n’est pas encore vaincue. Or, la patience risque fort de ne pas suffire. Il nous faudra aussi davantage de lucidité. À l’heure où des variants plus contagieux se répandent, il faut répondre à une question aussi simple que redoutable : et si les vaccins ne suffisaient pas pour maîtriser le SARS-CoV-2 ? 

Au Québec, le nombre de contaminations quotidiennes est reparti à la hausse et dépasse déjà ce qui était la moyenne à pareille date il y a un an. Les mesures sanitaires ont été renforcées dans plusieurs régions. Pour sa part, le gouvernement de l’Ontario a décidé de reconfiner l’ensemble de la province après que le nombre de personnes aux soins intensifs en raison d’une infection à la COVID-19 eût atteint des records. Le premier ministre Doug Ford a eu ces mots : « C’est une nouvelle pandémie. Nous combattons désormais un nouvel ennemi ».

À l’étranger, de nombreux pays se sont également résignés à reconfiner leurs populations. C’est le cas en France où le président Emmanuel Macron évoque un virus désormais « plus dangereux, plus contagieux et plus mortel ». Les écoles notamment seront fermées tout le mois d’avril.

DES VARIANTS DE PLUS EN PLUS MENAÇANTS

Depuis le début de 2021, des variants suscitent mille inquiétudes à propos de prégnance de la pandémie de COVID-19. Les mutations virales sont normales et les épidémiologistes affirment que le coronavirus actuel en a déjà connu des milliers. Or, ces mutations finissent par rendre le virus plus contagieux et plus virulent. Il est déjà bien démontré que les variants britannique, sud-africain ou brésilien – pour ne nommer que ceux-là – donnent davantage de fil à retordre au système immunitaire qui les combat.

Est-ce que certains variants pourraient rendre les vaccins inefficaces? La réponse des scientifiques est pour l’instant tout sauf catégorique.  Face au variant britannique (B.1.1.7), les vaccins demeureraient efficaces, mais face au variant sud-africain (501.V2), beaucoup moins.

Pire, on découvre tranquillement les conséquences à moyen et long terme des premières vagues d’infections sur la santé de personnes qui ont contracté le virus. Un article du British Medical Journal nous apprend que le tiers des personnes ayant été admises à l’hôpital en raison de la COVID ont dû être admises à nouveau moins de quatre mois plus tard. Une personne sur huit est décédée durant ces quatre mois. L’étude montre en outre que le virus cause des dommages importants à plusieurs organes du corps.

DES APPROCHES INADÉQUATES

Il y a un an, les Québécois·es ont appris qu’il fallait « aplanir la courbe » d’infections au coronavirus afin d’avoir le dessus sur l’épidémie. On a donc asséné un grand coup avec un premier confinement strict, puis on a successivement desserré et resserré les mesures afin de contenir le virus en attendant l’arrivée des vaccins. En somme, nos gouvernements ont adopté une stratégie d’endiguement du virus (ou mitigation en anglais)

D’autres gouvernements – aux États-Unis, au Brésil ou au Mexique – ont adopté une stratégie beaucoup plus laxiste afin de ne pas entraver l’activité économique ou parce que les dirigeants étaient d’avis que le coronavirus n’avait rien de plus menaçant qu’une grippe. Dans ces trois pays réunis, la COVID-19 a causé la mort de plus d’un million de personnes.

La Suède aussi a opté pour une forme de laissez-faire qui a fait couler beaucoup d’encre et qui s’est finalement traduit par un nombre de décès nettement supérieur à ceux de ses voisins scandinaves. Ce choix avait pour but notamment de protéger l’économie du pays et sur ce point aussi, les Suédois ont échoué.

LA TROISIÈME VOIE : COVID-ZÉRO

Une troisième approche consiste à éliminer le virus plutôt que de simplement chercher à limiter sa circulation en attendant de compléter la vaccination. Cette stratégie plus agressive face au virus repose sur trois piliers :

  • « Search and destroy » : L’essentiel des ressources est consacré à dépister la population, localiser les éclosions du virus et mettre en quarantaine les personnes infectées ou susceptibles de l’être. C’est la clé de la stratégie. Si un pays comme la Slovaquie est parvenu à tester la moitié de sa population en une seule journée, le Québec peut en faire autant.
  • « One lockdown to end them all » : Un confinement généralisé est un prérequis au déploiement de la stratégie. En effet, pour que cette stratégie de traçage rigoureux soit possible, il faut ramener le nombre d’éclosions à un nombre que les autorités de la santé publique sont en mesure de gérer.
  • « Border control » : Les frontières internationales et interprovinciales doivent être fermées. L’interdiction de circuler entre les régions du Québec favoriserait également l’élimination complète des éclosions.

Le financement de services à domicile est évidemment crucial pour la réussite d’une telle stratégie. Pour mettre en place un confinement ou des mises en quarantaine fructueuses, il faut soutenir la population, notamment les plus vulnérables. Autrement, il pourrait devenir impossible pour plusieurs de respecter les consignes sanitaires.

Quelques pays ont adopté l’approche COVID-ZÉRO, dont l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, Taiwan ou Singapour. Ceux-ci connaissent des succès impressionnants dans la gestion de la pandémie. À titre d’exemple, le Canada a franchi le seuil des 23 000 morts (dont près de la moitié au Québec) au début du mois d’avril. L’Australie, dont la population est comparable à celle du Canada, en compte pour sa part moins de 1000.

Des experts en santé publique au Québec et au Canada ont proposé l’adoption sans délai de l’approche COVID-ZÉRO. En dépit de la campagne de vaccination qui monopolise l’attention médiatique, ces spécialistes soulignent la gravité des séquelles du virus sur la santé, y compris sur celle des plus jeunes et des enfants, et rappellent les conséquences inégalitaires de l’approche actuelle d’endiguement, qui met en péril la sécurité de toutes les travailleuses et travailleurs de première ligne.

Il n’est pas trop tard pour bien faire et décider collectivement qu’à partir de maintenant, le Québec fait de la santé de tous et de toutes sa priorité.

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