Santé mentale: et si le problème c'était le travail?

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Au début du mois de mai se déroulait la semaine nationale de la santé mentale. Cette semaine visait principalement à faire de la sensibilisation sur la dépression. Nous ne sommes évidemment pas dans un processus nouveau : déjà en 2007, une publicité reflétant les principaux stéréotypes et clichés sur la question était au centre de la campagne « Mettons fin à nos préjugés ». Ces campagnes de sensibilisation n’empêchent malheureusement pas les problèmes d’accessibilité aux soins, et ce, particulièrement dans un contexte d’austérité. Et si nous parlions un peu plus des causes afin d’élaborer des politiques de prévention?

C’est un secret de Polichinelle : nous vivons dans un monde dans lequel la performance, tant personnelle que professionnelle, est le gage d’un succès social. Disons-le simplement, nous vivons dans le capitalisme. Ce système, loin de n’engendrer que de la richesse – sans compter que sa distribution est de plus en plus inéquitable –, implique une nécessité de productivité au travail qui est l’une des premières causes de dépression au Québec. C’est plus du tiers (33 %) des dépressions diagnostiquées au Québec qui sont liées au travail, c’est la source la plus importante, la deuxième source (le stress financier) n’explique que 14 %. Notons que l’on parle ici des maladies diagnostiquées. Compte tenu de l’importance des préjugés sur la dépression et du manque d’effectifs pour établir le diagnostic, il est impossible d’avoir un chiffre exact. Nous pouvons donc croire que nous sommes confrontés, au Québec, à une proportion plus importante. Alors, si nous voulons établir une politique de prévention de la dépression, il va falloir s’attaquer directement au travail. Pour les personnes qui considèrent que le seul argument valide est l’argument économique, voici une liste qui expose la répartition des coûts liés au stress en entreprise :

  • 19 % des coûts d’absentéisme,
  • 40 % des coûts de roulement du personnel,
  • 55 % des coûts de PAE (programme d’aide aux employé∙e∙s),
  • 60 % des accidents de travail,
  • 10 % des coûts de régimes d’assurance-médicaments.

Nous ne parlons ici que des coûts pour les entreprises, mais – même si nous n’avons pas de données exactes – il est évident qu’il existe des coûts importants pour le système de santé et pour la société en général. Dans ce contexte et pour notre santé mentale et collective, ne devrions-nous pas penser à des politiques de réduction du temps de travail? Dans de telles conditions, envisager la réduction du temps de travail n’est pas synonyme du retour de la vieille aspiration à une société de loisirs. C’est tout simplement que la culture du travail devient tellement forte et écrasante dans nos sociétés qu’elle génère des maladies. Une politique de la réduction du temps de travail ne sera pas une révolution, ni une transformation de la compétitivité et de l’imposition de l’ultra-productivité au travail. En revanche, cette politique aurait l’avantage de protéger la santé mentale de la population, comme les politiques de la journée de 8 heures visaient à en protéger la santé physique. 

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