S’inspirer de ce qui ne marche pas! De NHS England à Santé Québec
4 avril 2025
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Alors que Santé Québec connaît ses premiers accrocs, le gouvernement britannique vient d’annoncer qu’il abolit l’équivalent de cette agence de santé en Angleterre, NHS England. Réformée et habilitée en 2012 par le Health and Social Care Act, elle avait le mandat de coordonner les soins de santé, de fixer des priorités et d’augmenter la performance du système de santé. Au final, l’agence qui devait « couper dans la bureaucratie » n’aura été qu’un étage supplémentaire de cette même bureaucratie.
Historiquement sous le contrôle du ministère de la Santé et des Affaires sociales, le National Health Service (NHS) a été autonomisé du ministère en 2012 par le ministre conservateur Andrew Lansley afin que la gestion de l’organisme ne subisse pas « d’interférence politique ». Presque 15 ans plus tard, le gouvernement britannique l’abolit notamment pour ramener la gestion des services de santé « sous contrôle démocratique » et parce qu’un rapport indépendant a qualifié la réforme de 2012 de « catastrophe sans précédent international ».
« Dernier clou dans le cercueil de la réorganisation désastreuse de 2012 » selon le ministre de la Santé Wes Streeting, la fin de NHS England doit nous amener à poser un regard critique sur les promesses des États de faire « plus avec moins » et sur leurs solutions tape-à-l’œil la plupart du temps inspirées du secteur privé. Un rapport indépendant a mis en lumière que depuis 2012 au Royaume-Uni, l’accès à un médecin généraliste s’est détérioré, les listes d’attente pour les services communautaires et pour la santé mentale ont bondi, les urgences sont dans un mauvais état, la qualité des soins est variable, la santé communautaire est sous-financée et que le NHS England a retardé, annulé ou reporté bien plus de soins de routine pendant la pandémie que tout autre système de santé comparable.
Autre problème du NHS England : sa centralisation. Judith Smith, experte du système de santé britannique et professeure à l’Université de Birmingham, considère qu’il s’agit de l’un des systèmes de santé les plus centralisés au monde. « Cela contraste avec de nombreux pays européens et internationaux où un ministère national de la Santé définit généralement la stratégie, les détails de sa mise en œuvre étant laissés aux conseils régionaux et locaux, aux autorités sanitaires et aux hôpitaux » [nous traduisons]. Cette dimension du problème devrait particulièrement nous intéresser du côté québécois, notamment parce que notre réseau est déjà caractérisé par une forte centralisation et que la réforme Dubé ayant permis la création de Santé Québec accentue la centralisation au sein du réseau de la santé.
Les déboires de NHS England et son abolition devraient nous servir d’avertissement. Santé Québec n’en est qu’à ses débuts et déjà il y a lieu de s’inquiéter. Dès sa première année d’existence, l’agence a été critiquée pour avoir alourdi la bureaucratie en augmentant de 12% le nombre de hauts dirigeants, dépassé les coûts dans le Dossier santé numérique (DSN), dépensé 3 millions de dollars en contrats privés (cybersécurité, finance, etc.), augmenté le salaire des gestionnaires et engagé un gestionnaire entaché par l’affaire Joyce Echaquan (Daniel Castonguay). Devrons-nous, comme les Britanniques, attendre plus de 10 ans avant de constater qu’une telle structure crée plus de problèmes qu’elle n’en règle et engouffre plus de deniers publics qu’elle ne permet d’en économiser?
N’a t-on pas fait la même chose avec l’instruction publique au Québec dans les années ’60?
De tous temps, nos élus, véritables girouettes chasseuses d’enveloppes brunes, n’ont jamais su gérer convenablement les deniers publics.
Politiquement, c’est la même démonstration d’absence de qualification qui se fait depuis au moins 157 ans.
Le problème?
Nos élus, alors qu’ils sont compétents, n’ont jamais démontré aucune qualification que ce soit quant vient le temps de sélectionner quelle décision prendre.
Quelqu’un est dit compétent quand il détient le pouvoir de décider.
Quelqu’un est dit qualifié quand il sait quelle décision prendre.