Salaire minimum : la mobilisation paie

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La semaine dernière, Statistique Canada dévoilait un rapport sur l’évolution du travail au salaire minimum au cours des vingt dernières années. On y apprenait que le taux de salarié·e·s gagnant le salaire minimum a doublé au Canada depuis 1998, passant de 5,2% à 10,4%. Cette augmentation n’est heureusement pas due au fait que plus d’emplois sont mal payés, mais plutôt à l’augmentation rapide et substantielle du salaire minimum dans de nombreuses provinces, principalement l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. Ainsi, les salarié·e·s qui gagnaient plus que l’ancien taux mais moins que le nouveau dans ces provinces ont commencé à recevoir le salaire minimum et ont vu leur pouvoir d’achat augmenter également.

Au Québec, la situation s’est également améliorée, quoique légèrement moins que dans ces trois provinces. J’ai produit les deux prochains graphiques à l’aide des données de Statistique Canada et de l’Institut de la statistique du Québec sur la rémunération horaire et le salaire minimum depuis l’année 2001. On peut voir dans le premier graphique que le salaire minimum québécois, en proportion du salaire horaire moyen, a d’abord connu une baisse dans les premières années du gouvernement Charest, avant de connaître une hausse substantielle dans les trois années qui ont suivi la crise économique de 2008, pour ensuite stagner jusqu’en 2016. Les deux hausses qui ont suivi, en 2017 et 2018, ont amené le salaire minimum à son taux le plus haut des vingt dernières années, relativement au salaire moyen. 

 

Graphique 1 : Salaire minimum en proportion du salaire horaire moyen, Québec, 2001-2018 (%)










 

Sources : Institut de la statistique du Québec « Rémunération horaire, hebdomadaire et minimum »; Statistique Canada, tableau 14-10-0206-01.

 

On pourrait penser que ce rattrapage de l’écart entre le salaire minimum et le salaire moyen est dû à la stagnation des salaires pour le reste des travailleuses et travailleurs. Toutefois, comme on peut le voir au prochain graphique, le salaire moyen a connu une progression plus rapide que l’indice des prix à la consommation (IPC). Pour ce qui est du salaire minimum, sa courbe de progression suit à la trace celle de l’IPC jusqu’en 2007, avant de s’en dissocier pour rejoindre celle du taux horaire moyen, puis de connaître une progression plus rapide que le salaire moyen à partir de 2017. Sur la période observée, on peut donc constater que le salaire minimum de 2018 était 67% plus élevé qu’en 2001, comparativement à 56% pour le salaire horaire moyen, alors que l’IPC général augmentait de 29% et ses composantes « logement locatif » et « aliments » augmentaient de 19% et 45% respectivement. 

 

Graphique 2 : Évolution des taux horaires moyen et minimum, de l’IPC et des composantes « logement » et « aliments » de l’IPC, Québec, 2002-2018 (2002 = 100)

Source : Institut de la statistique du Québec , « Rémunération horaire, hebdomadaire et minimum »; Statistique Canada, tableaux 14-10-0206-01 et 18-10-0005-01

 

Cette progression nette du salaire minimum par rapport au coût de la vie s’explique de deux manières (graphique 3) : premièrement par les efforts de relance de l’économie dans la foulée de la crise de 2008, ensuite par la force des mouvements sociaux et syndicaux, qui ont réussi à mettre la revendication du salaire minimum à 15$/h de l’avant depuis 2016 et influencer le dernier gouvernement dans ses calculs électoralistes. Nous avons encore beaucoup de chemin devant nous avant de faire correspondre le salaire minimum au revenu viable tel que mes collègues de l’IRIS l’ont calculé, mais nous avançons dans la bonne direction et ça mérite d’être souligné.

Graphique 3 : Variation annuelle des taux horaire moyen et minimum, Québec, 2002-2018 (%)

 

Source : Institut de la statistique du Québec « Rémunération horaire, hebdomadaire et minimum »; Statistique Canada, tableau 14-10-0206-01.

Commentaire sur l'article

Yves Legault

Le graphique #1 ne montre pas que l'accès aux biens premiers n'est pas garanti par le salaire minimum.

Le graphique #2 compare différents éléments en fonction de pourcentages. Qu'est que ça donne de voir le salaire minimum de 7%? Ça fait faussement croire que c'est une amélioration meilleure que le salaire moyen avec son 5.5%. 7% de 12$ c'est nettement moins que 5.5% de 22$!
Puisque tout le monde paye le beurre le même prix, le salaire minimum est défavorisé.

Le graphique #3 reprend le graphique #1 avec les mêmes faiblesses et pièges d'interprétations.

L'introduction d'un revenu de citoyenneté réglerait bien des iniquités sociales en garantissant l'accès aux biens premiers. Par cela, j'entends le loyer, l'épicerie, l'instruction publique, la santé et le loisir.

Financer un revenu de citoyenneté se fait combinant toutes les sources de paiement de soutient de l'état en un seul fond( aide sociale pension publique, allocations familiales, BS corporatif et en y rajoutant les redevances sur l'exploitation des ressources naturelles avec un taux plus sérieux que 1.4%. L'Alberta en est à 40%, à ce sujet.

Le BS corporatif coûte au Québec plus de 20 milliards de dollars par année.
Les redevances sur les ressources naturelles pourraient rapporter plus de 20 milliards de dollars par année.
L'aide sociale coûte presque 4 milliards de dollars par année.
Les rentes coûtent 2 milliards de dollars par année.
Les différents programmes de support aux familles coûte 8 milliards de dollars par année.
Le service de la dette coûte 10 milliards de dollars par année.
Nous avons donc ici 64 milliards de dollars qui peuvent être consacrés au revenu de citoyenneté.
Avec une population de 8.4 millions d'individus, cela signifie un partage au taux de 635$ par mois pour chacun.

Mais... Ce n'est pas demain que les entreprises vont accepter de cesser de tondre le mouton québécois à leur avantage exclusif!