Sacrifier notre fromage pour nous protéger des Talibans?

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En ces temps d’islamisation accélérée du Québec, on ne peut pas demander au gouvernement de tout faire. Bien entendu, dans un monde idéal, il s’inquièterait des conséquences de l’oléoduc à travers lequel Enbridge transportera du pétrole sale à travers le Québec et il cesserait aussi l’austérité budgétaire qui s’avère contre-productive tant d’un point de vue économique que des services à la population.

Mais, il faut savoir prioriser. C’est ainsi que le gouvernement s’est engagé dans la lutte aux signes religieux dans la fonction publique et que cette offensive occupe désormais une place prépondérante dans les débats de société.

On peut supposer que c’est également ce qui explique pourquoi le gouvernement Marois invoque d’une part des aspirations collectives pour nier des droits fondamentaux mais n’hésite pas à l’inverse à transférer tout bonnement des pouvoirs de l’État québécois à des tribunaux administratifs apatrides.

Car, c’est bien ce que nous réserve la signature d’un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Ce type d’accords de libre-échange verrouille un certain nombre de dispositions légales de façon telle que les élus d’un peuple ne peuvent y contrevenir. Lorsque litiges il y a, ils sont traités devant les tribunaux transnationaux qui n’ont guère de légitimité démocratique.

Si on retourne en arrière, les négociations de l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI) à la fin des années 90 avaient déraillé lorsque des organisations non-gouvernementales avaient eu vent de la tenue de négociations secrètes. Alerté, le public rejeta l’idée que leurs gouvernements abdiquent leurs pouvoirs de manière à protéger les intérêts des investisseurs.

Pourtant, ce que l’AMI n’a pas fait à l’échelle globale, des traités régionaux (ex. : l’ALÉNA) ou bilatéraux (entre deux pays) l’avaient déjà amorcé.

C’est d’ailleurs en s’appuyant sur le Chapitre XI de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) que l’entreprise étasunienne Lone Pine Resources a lancé en octobre une poursuite de 250M$ contre le gouvernement fédéral. L’entreprise reproche à Ottawa le moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste imposé par Québec, une mesure qui l’a empêchée de toucher les profits dont elle rêvait. Les aspirations écologiques du mouvement citoyen qui s’était levé contre l’exploitation du gaz de schiste n’entre évidemment pas dans l’équation. Au contraire, Lone Pine juge « capricieuse » la décision du gouvernement québécois.

Cette fois-ci, dans le cadre de l’Accord négocié en secret avec l’Union européenne, on sait que les fromageries québécoises seront mises en péril, que les administrations publiques (dont Hydro-Québec) ne pourront privilégier des fournisseurs locaux pour l’octroi de certains contrats, qu’il deviendra plus difficile d’utiliser des médicaments génériques et donc de contrôler les coûts des médicaments, etc.

Un texte du RQIC dénonce d’ailleurs ce matin l’aspect profondément anti-démocratique de la démarche.

Et ce n’est pas tout. L’Accord de libre-échange en question innove et fait appel à une « liste négative ». Cela signifie que les négociateurs n’ont pas inscrit dans les documents officiels les champs d’application de l’Accord, mais plutôt la liste de ce qui n’est pas (encore) soumis à l’Accord. Bref, tout ce qui est « marchandisable » ou sera « marchandisé » un jour et qui n’est pas explicitement mentionné dans les exclusions sera couvert par l’Accord.

Comment expliquer qu’un gouvernement nationaliste consente joyeusement à passer une camisole de force à son propre parlement vis-à-vis des investisseurs étranger? Se sent-il moins courageux devant ceux-ci que devant ses employées qui portent un voile et auxquelles il propose de montrer la porte afin de consolider les « valeurs québécoises »?

En tout cas, il semble qu’il faille sacrifier nos petites fromageries au bénéfice de multinationales européennes. Le gouvernement du Québec se réjouit d’une potentielle compensation venue du fédéral pour les fromagerie qui perdront de l’argent. Rappelons qu’on attend toujours le versement de semblables “indemnisations pour pertes” qui avaient été promises lors de la signature de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, il y a plus de 20 ans. Bref, on aimerait bien protéger le fromageries, mais malheureusement il semble que la laïcité ne prévoit rien sur la séparation entre l’État et les marchés internationaux. Les choix collectifs sont importants quand on parle du voile, mais pas quand il s’agit de l’économie.

Il faut savoir choisir ses priorités et le gouvernement Marois a choisi de tout mettre en œuvre afin d’éviter que le Bas-St-Laurent ne passe aux Talibans. Tant pis pour les fromageries.

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