Nationalisation à la chypriote

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Chypre, l’un des 27 États membres de l’Union européenne (UE), a posé un geste révélateur de la poursuite de la crise qui sévit de l’autre côté de l’Atlantique. Bien que considérablement plus petit, ce pays d’un million d’habitants appartient avec d’autres États du sud de l’Europe tel que la Grèce ou le Portugal, au groupe des pays dont la situation économique (et sociale) ressemble à celle d’une bicyclette sur un fil de fer. Le risque de ces économies, c’est la faillite... et potentiellement une crise européenne et mondiale.

Samedi dernier, après une nuit de négociations entre l’Eurogroupe (les ministres des finances de la zone euro) et leur gouvernement, le peuple chypriote apprît en s'éveillant que tous les dépôts bancaires au pays seraient soulagés de 6,75% de leur valeur, résultat de l'imposition d'une taxe devant rapporter 6 G$ au gouvernement. Pour les dépôts excédant 100 000 €, le prélèvement serait de 9,9%. Les gens eurent beau se précipiter sur les guichets automatiques, la mesure était déjà consommée. Une scène qui ne va pas d'ailleurs sans rappeler ce qui s’était produit en Argentine en 2001 lorsque les banques, carrément à court de liquidités, avaient gelé les dépôts des citoyens et des citoyennes qui s’étaient révoltés et avaient provoqué la chute successive de cinq présidents.

Il semble que cette mesure déjà évoquée a pour objectif à Chypre de cibler plus particulièrement les nombreux déposants russes qui y ont largement déplacé des fonds afin d’éviter de payer des impôts. Il semblerait que le tiers (2G$) de l’argent levé par cette taxe surprise appartiennent à des Russes. À voir les réactions qui fusent en Russie - certains parlent en effet « d’actes barbares de type soviétique » - on ne doit pas être loin du compte.

Tant qu’elle concerne les plus grandes fortunes, le procédé est pourtant séduisant. De toutes les façons de remettre à contribution l’élite économique transnationale, les Chypriotes peuvent se targuer d’en avoir trouvé une diablement directe. Malheureusement, le gouvernement conservateur de ce pays a choisi de cibler tous les épargnants du pays, petits et grands. Les seuls rescapés de l’opération sont les bailleurs de fonds européens eux-mêmes qui sont parvenus à la fois à réduire les sommes à investir dans le pays et à transférer au peuple chypriote (et quelques richards russes) le fardeau du plan de sauvetage.

Un autre élément à considérer est la menace d’une contagion. S’il est vrai qu’une faillite dans un pays de la taille de Chypre n’entraînerait pas forcément la zone au complet comme un jeu de dominos, la contagion par le « défaut » rendu possible dans l’esprit de l’investisseur ou encore celle de la « taxe sur les dépôts » à titre de précédent susceptible de se reproduire et donc inquiéter tous les épargnants devient une menace réelle.

Comme le souligne The Economist, les dépositaires des pays susceptibles de devoir demander une nouvelle aide à l’UE ne vont-ils pas vouloir retirer leur argent des banques nationales le plus rapidement possible afin d’éviter de se faire jouer le même tour qu’aux épargnants de Chypre ? Le précédent, encore un dans cette interminable crise européenne, fait réagir bien des observateurs sceptiques face au plan de sauvetage négocié avec Chypre.

Certains appellent la mesure une « nationalisation partielle » des comptes bancaires, certains évoquent un « tsunami européen ». Chose certaine, cette nouveauté parmi les politiques d’austérité, la taxe sur les dépôts bancaires, n’augure rien de bon pour l’Union européenne où certains s’avançaient pourtant à parler de sortie de crise en début d’année.

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