Mise à jour économique : un déficit entre 800 millions… et 15 milliards

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Le ministre des Finances Éric Girard a déposé hier sa mise à jour économique d’automne. Voici dix remarques à propos de ce qu’elle contient :

  • En juin dernier, le ministre estimait que le déficit du Québec pour l’exercice 2020-2021 atteindrait 14,9 milliards de dollars. Hier, le ministre confirmait ce chiffre en annonçant un déficit de 15 milliards de dollars.

  • Toutefois, lorsqu’on s’y penche de plus près, on s’aperçoit que le déficit est gonflé. Les revenus du gouvernement s’élèveront à 118,7 milliards de dollars et les dépenses de programmes atteindront quant à elles 119,5 milliards de dollars. À ce solde primaire de 800 millions de dollars, il faut ajouter le service de la dette qui s’élève à 7,6 milliards de dollars (le montant le plus bas depuis 2005-2006), pour un déficit de 8,4 milliards de dollars.

  • Comment alors le gouvernement parvient-il à un déficit de 15 milliards de dollars ? D’abord, parce qu’il met de côté la somme de 4 milliards de dollars en raison de l’incertitude économique (ce qui est prudent, mais pourrait ne pas être dépensé). Ensuite, parce qu’il verse 2,7 milliards de dollars dans le Fonds des générations (on continue donc de creuser le déficit pour verser de l’argent dans un Fonds dont l’objectif est de faire diminuer la dette). Ainsi, il parvient au chiffre de 15 milliards de dollars.

  • En proportion de la taille de l’économie, le déficit officiel au Québec (15 G$) correspond à 3,1 % du PIB, alors qu’il atteint 15,9 % du PIB au fédéral (343 G$). En proportion des dépenses, il est de 11,8 % au Québec et de… 56,0 % au fédéral. Et notons que le Canada est le pays du G7 qui ressort le moins endetté jusqu’à maintenant de la pandémie. En d’autres mots, le déficit québécois est fort modeste au regard de la crise mondiale qui sévit et n’a aucune raison de susciter de l’inquiétude.

  • En dépit de l’incertitude sur laquelle il insiste lui-même, le ministre a cru bon de se compromettre encore une fois à respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire en s’engageant à renouer avec le déficit zéro dans un maximum de cinq ans, soit en 2025-2026. Le gouvernement québécois entend donc continuer de se livrer à une sorte de sadomasochisme fiscal, et ce même si la plupart des gouvernements dans le monde ont largement délaissé cet objectif essentiellement idéologique hérité du néolibéralisme des années 1990.

  • La mise à jour nous informe que le déficit prévu pour l’exercice 2021-2022 sera de 8,3 milliards de dollars et de 7 milliards de dollars pour 2022-2023. 

  • On s’aperçoit que pour la première fois, les transferts fédéraux dépasseront les 30 milliards de dollars (7,7 % du PIB), une somme qui s’ajoute à la colonne des revenus du budget québécois. 

  • Comme le veut la coutume dans la documentation budgétaire, les annonces de dépenses sont présentées sur plusieurs années pour gonfler les chiffres que le gouvernement cherche à mettre en évidence. Le ministre Girard claironnait cette fois-ci le montant de 1,8 milliard de dollars de nouvelles initiatives. Or, il s’agit d’un montant cumulatif sur trois exercices et dont plusieurs mesures sont déjà annoncées. Par exemple, le gouvernement a fait grand cas des 100 millions de dollars supplémentaires en santé mentale. Or, le gouvernement ne dépensera que 15 millions de dollars cette année. 85 millions de dollars sont prévus l’année prochaine et rien l’année suivante.

  • Du fameux 1,8 milliard de dollars du ministre (700 M$ cette année), la part du lion est destinée à la « relance de l’économie » (1,5 G$, dont 522 M$ cette année). Le reste, soit 300 millions sur trois ans, doit servir à « soutenir les Québécois ». En choisissant de dépenser autant dans la relance par rapport au soutien de la population, le gouvernement semble considérer que la pandémie est pour ainsi dire terminée. Or, le décompte quotidien du nombre de personnes infectées au Québec raconte une tout autre histoire.

En terminant, s’il est difficile de comprendre l’entêtement du ministre Girard à faire preuve d’un tel conservatisme fiscal, il est renversant de l’entendre ressortir la rengaine caquiste sur la nécessité de combler « l’écart de richesse » avec le Canada. En conférence de presse, il affirmait : « Le Québec, c’est 23 % de la population canadienne, mais seulement 20% de son économie. La pandémie ne modifie en rien notre objectif d’inverser cette tendance historique ».

La fixation sur un rattrapage du Canada est quasi pathologique au gouvernement, d’autant plus que le type de rattrapage envisagé impliquerait de faire la concurrence à l’Alberta et à sa production pétrolière, à Toronto et à son marché financier ou à la Colombie-Britannique et son marché immobilier, comme l’écrivait hier mon collègue François Desrochers. Faire croître l’économie à tout prix, en faisant fi de ce qui croît (et de ce qui devrait par ailleurs décroître), et qui plus est dans le cadre d’une pandémie où l’on choisit de relancer l’économie plutôt que d’éradiquer un virus, montre au bout du compte qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre la politique économique du gouvernement actuel et celle du précédent gouvernement.

 

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