L’éloge de la richesse

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Le 3 décembre dernier, les drapeaux des édifices gouvernementaux québécois étaient mis en berne pour souligner le décès de l’homme d’affaires Paul Desmarais, survenu deux mois plus tôt. Moult personnalités publiques se sont déplacées à la Basilique Notre-Dame de Montréal pour rendre hommage au richissime défunt, reconnu comme « l’un des plus grands entrepreneurs de notre pays ».

Deux jours plus tard avait lieu pour une treizième année consécutive la grande guignolée des médias. À cette occasion, les médias québécois joignent leurs efforts pour recueillir auprès du public des dons en argent et en denrées non périssables destinés aux personnes les plus démunies. La solidarité est à l’honneur tout au long de cette journée qui nous rappelle que, pour beaucoup trop de familles, le temps des Fêtes est synonyme non pas de réjouissance et d’abondance, mais d’estomac souvent vide et de dénuement matériel.

Il est vrai comme le souligne Jean-Claude Ravet dans la dernière livraison de la revue Relations que « la dynamique du don se présente comme une forme de résistance aux chants des sirènes capitalistes qui cherchent à nous convaincre que nous sommes des êtres calculateurs, sans attaches ni appartenance, ni souci du bien commun et de la solidarité sociale, mus par leurs seuls intérêts privés, modelés étrangement à l’image des maîtres de notre temps. »

Pourtant, on doit se désoler du fait que la solidarité semble parfois se réduire à ces événements où la générosité s’expose au profit de notre bonne conscience collective. Le reste de l’année, on voudrait plutôt nous faire croire que c’est en poursuivant nos intérêts égoïstes que s’accroîtra la richesse des nations et, incidemment, le bien-être du plus grand nombre.

La concentration des revenus dans les mains du 1% croît au Québec depuis trente ans, mais plusieurs prétendent qu’il faudrait « protéger » encore plus ces riches contribuables pour que notre économie soit plus performante. Notre élite politique colporte souvent ce mythe et c’est ce qui explique qu’elle se soit empressée de servir un concert d’éloges au feu détenteur de la 276e fortune de la planète, que Forbes estimait à 4,5 milliards de dollars en mars 2013.

L’admiration pour l’ancien p.d.g. de Power Corporation nous fait cependant oublier que le capitalisme est un système économique orienté vers l’accumulation privée de richesses et que dans un tel système, la croissance des inégalités – illustrée par la constitution d’une fortune comme celle des Desmarais – n’est pas qu’un simple « effet secondaire » ; elle constitue son principal objectif.

Voilà pourquoi le maire d’une des métropoles les plus influentes du monde peut de nos jours affirmer sans broncher que les inégalités sont bénéfiques pour l’activité économique et qu’il importe d’encourager la cupidité pour stimuler la croissance (dixit Boris Johnson, maire de Londres).

La charité des gens ordinaires, celle qui s’exerce humblement devant la misère qui nous entoure, aura toujours plus de peine à compenser les effets d’un système qui ne demande qu’à croître en s’échafaudant sur cette pauvreté grandissante.

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