Le revenu de base, un filet social pour le 21e siècle?

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Alors que la campagne de vaccination s’accélère au pays, la pandémie de COVID-19 laissera derrière elle non seulement plusieurs ravages, mais aussi plusieurs questions. L’élargissement temporaire du filet social en réponse à la crise génère plusieurs réflexions à propos des programmes sociaux actuellement en place et de la nécessité de les adapter aux réalités du 21e siècle. 

Changement de paradigme : l’État est de retour

La réponse à la crise économique de 2021 semble suggérer que « l’État est de retour ». Les gouvernements ont dépensé jusqu’à 13,5% (13 T$) du PIB mondial afin de limiter les dégâts causés par la pandémie. Les programmes ciblés et conditionnels des années 90 visant à « stimuler » l’emploi ont laissé place à des programmes plus larges, voire universels afin de minimiser les risques et chocs sociaux. Citons en exemple l'instauration de la PCU au Canada ou encore l’envoi direct de chèques et la création d’une première allocation pour enfants aux États-Unis.

Plusieurs ont jugé que les erreurs de 2009 ne pouvaient être répétées, et tant chez les économistesles acteurs politiques qu’au sein de l’opinion publique, les inquiétudes face à la dette et l’inflation n’ont pu rivaliser avec le prix de l’inaction. Certes, la nouvelle économie automatisée, globalisée et à la merci de crises sanitaires et climatiques a renforcé chez certains la conviction que l’État-providence avait besoin d’être modernisé, mais elle en a surtout convaincu plusieurs qu’il était plus pertinent que jamais. 

L’argent comme filet social?

Alors que l’heure est aux plans de relance, les points d’interrogation persistent quant aux types de mesures et de politiques à mettre en place dans un monde post-COVID. La numérisation des outils gouvernementaux et la popularisation de l’envoi direct de chèques semblent cependant avoir influencé la manière dont le gouvernement déploie ses mesures de soutien à la population. Aux États-Unis, l’envoi direct de chèques de 1250$ en avril aurait fait augmenter de 26% la consommation des familles à faibles revenus. Cette hausse a ramené la consommation à un niveau proche de celui d’avant la pandémie et stimulé substantiellement et efficacement l’économie. Au Canada, le revenu disponible des ménages à faible revenu aurait augmenté de 36,8% lors des trois premiers trimestres de 2020 en raison des programmes d’aide financière d’urgence. Ce faisant, les inégalités ont diminué (du moins temporairement), l’épargne nette a augmenté et le remboursement de dettes s’est accéléré, pour ne nommer que quelques effets. 

Ces transferts directs ont remis au goût du jour la question du revenu de base ou universel, comme en fait foi la multiplication depuis un an des projets pilotes et des projets de loi un peu partout dans le monde. À ce propos, les données découlant d’un projet pilote de revenu de base mené dans la ville de Stockton en Californie ont été révélées le 3 mars dernier. La municipalité a envoyé aléatoirement à 125 individus à faible revenu un montant de 500$ par mois qu’ils pouvaient utiliser à leur guise pendant un an. Résultats : augmentation de l’emploi à temps plein de 12%, chute du taux de chômage de 4%, augmentation du bien-être émotionnel, chute de l’anxiété et de la dépression, majorité de l’argent dépensé pour des biens de première nécessité ou pour le remboursement de dettes, moins de 1% seulement dépensé en substances illicites. Ces résultats coïncident avec une revue de la littérature d’Ioana Marinescu qui suggère que les transferts d’argent inconditionnels augmentent les revenus tout en ayant des impacts positifs sur la santé et l’éducation. L’effet négatif attendu sur le taux d’emploi, de son côté, n’est pas observé. 

Ces résultats encourageants offrent une nouvelle perspective sur notre filet social et les moyens de l’améliorer. L’efficacité des programmes actuels de chômage est remise en question parce qu’ils seraient trop ciblés et inadaptés aux nouvelles réalités de l’emploi : globalisé, automatisé et précaire. L’inconditionnalité du revenu de base permettrait au contraire de minimiser les nouveaux risques sociaux et d’augmenter le bien-être individuel tout en soutenant l’économie à travers la consommation des ménages.

Somme toute, les formes variées et multiples du revenu de base font de cette dernière une politique hautement débattue chez les expert·e·s en politique publique et les activistes.  Tant à gauche qu’à droite, les multiples critiques, commentaires et nuances font de la question un enjeu complexe à aborder. Cependant, le contexte actuel - et le regain de popularité du revenu de base qu’il entraîne - donne du poids à l’idée que l’argent combat peut-être mieux la pauvreté qu’un emploi en 2021.

 

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