Le PLQ et l’éducation : Performance, gouvernance, arrimage emploi-travail et autres « perspectives d’avenir » pour le système d’éducation québécois

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Du 25 au 27 septembre prochains, le Parti libéral du Québec (PLQ) tiendra son troisième Forum des idées pour le Québec[1]. Intitulé « Un système d’éducation pour le 21e siècle », cet événement poursuit, nous dit-on, trois objectifs :

  1. « tracer le portrait de ce que devrait être, ou ce à quoi devrait ressembler un système d’éducation idéal pour le Québec du 21e  siècle »,
  2. « identifier certains points sur lesquels les politiques d’éducation du Québec devraient être concentrées afin d’atteindre ce portrait idéal,
  3. proposer à la population du Québec de relever ce défi d’excellence »[1]


Alors même que le système d’éducation québécois - du primaire à l’université - est mis à mal par les politiques d’austérité de son gouvernement, le PLQ nous propose de participer à penser le devenir de l’éducation au Québec – pour la « modique » somme de 150 $ (75 $ pour les 25 ans et moins)… En examinant le programme de l’événement, on comprend assez rapidement que marchandisation et conception gestionnaire de l’éducation teinteront probablement les discussions.

 

D’entrée de jeu, le forum s’ouvrira sur la question suivante : qu’est-ce qu’un système d’éducation performant? La performance, voilà semble-t-il le critère central d’un système d’éducation idéal. Être performant, d’accord, mais comment définit-on la performance? La description du panel nous donne bien peu d’informations à cet égard, sinon que c’est par comparaison avec ce qui se fait ailleurs dans le monde qu’on tentera de mesurer notre performance.

 

Le choix des panélistes est quant à lui plutôt parlant. Des sept personnes intervenantes, trois sont issues directement du milieu des affaires ou de l’entreprise privée. Les quatre autres sont, ou ont été, consultant, directeur d’établissement ou administrateur scolaire, ici ou ailleurs dans le monde. Il appartiendra donc principalement à des entrepreneurs et à des gestionnaires de définir ce qu’est la performance en éducation. Tout comme il leur reviendra de discuter de l’arrimage école-travail, de la gouvernance du système d’éducation, du potentiel de rayonnement international de notre système d’éducation qu’offre la francophonie, de la façon de contrer le décrochage scolaire et d’augmenter le taux de diplomation, de même que de la culture générale et la formation des citoyens et citoyennes.

 

On comprend ici que ce qui intéresse le PLQ, c’est moins de penser un système d’éducation idéal que de penser la façon dont celui-ci peut être rentable en regard des besoins du marché du travail, des attentes de la société[3] ou encore de la compétition à l'échelle internationale. L’éducation n’est pas pensée comme une fin en soi, mais comme un moyen. Elle est mise au service d’exigences imposées de l’extérieur.

 

Le programme du Forum accorde une place importante à des enjeux qui s’inscrivent en quelque sorte dans une perspective gestionnaire et marchande de l’éducation, mais c’est avant tout le choix des personnes intervenantes qui traduit ce positionnement idéologique. En consultant les notices biographiques des 52 personnes qui prendront la parole lors de ce forum, on constate que 19 d’entre elles n’ont aucun lien direct avec le monde de l’éducation. Il s’agit principalement de consultants, de consultantes, d’expertes ou dexperts provenant du secteur privé, ainsi que des personnes férues de l’entreprenariat, dont le « dragon » Alexandre Taillefer. On retrouve également quelques personnes issues du milieu culturel : un chef d’orchestre, la directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal et le comédien-animateur Jasmin Roy.

 

Du côté des 33 personnes dont l’occupation professionnelle est liée de près ou de loin au monde de l’éducation, ce qui frappe en premier lieu, c’est l’absence des enseignantes et enseignants. Une seule personne a véritablement fait carrière dans l’enseignement (tout en ayant développé une expertise dans la conception de logiciels éducatifs).

 

Les personnes issues du milieu de l’éducation sont donc avant tout des gestionnaires (17 personnes). La majorité d’entre elles ont enseigné avant de se diriger vers des postes de direction dans des écoles primaires ou secondaires, des commissions scolaires, des cégeps ou des université. Mais on remarque que ce n’est pas leur expérience d’enseignement qui est mise de l’avant dans leur parcours, celle-ci ayant le plus souvent été assez brève. Parmi les autres personnes intervenantes liées au monde de l’éducation, on retrouve des consultants, des conseillers politiques ou des personnes qui font du développement (8 personnes), des personnes issues de la recherche universitaire (5 personnes) et des professionnels qui ont bifurqué vers l’enseignement dans leur champ d’expertise (2 personnes).

En examinant le parcours de l’ensemble des personnes intervenantes de ce forum, on voit bien sûr que les formations en administration, en finances ou en gestion pleuvent. Parmi les compétences affichées dans les différents profils, quelques recoupements intéressants peuvent être faits. On remarquera notamment la présence d’expertise dans les technologies numériques (7 personnes), de spécialisations en droit et/ou en économie (5 personnes), de diplômés en philosophie (3 personnes), d’ingénieurs (2 personnes) et de membres ou ex-membre du Conseil supérieur de l’éducation (2). Malgré le grand nombre de personnes intervenantes, la diversité des parcours n’est pas tellement au rendez-vous.

 

Comment se fait-il qu’on ne retrouve pas davantage d’enseignantes et d’enseignants du primaire, du secondaire et du collégial pour parler de ce que devrait être le système d’éducation? Ou pour parler de culture générale et de formation des citoyens et citoyennes? Et même de gouvernance scolaire? Pourquoi pas des sociologues, des intervenantes et intervenants du milieu communautaire, des parents ou des étudiants et étudiantes pour parler de lutte au décrochage scolaire?

La formule mise en place par le PLQ apparaît donc orientée. D’une part, on semble avoir déjà répondu en grande partie à la question de savoir ce que serait un système d’éducation idéal. C’est un système d’éducation centré sur la performance, laquelle se mesure par un taux de diplomation élevé, un meilleur arrimage avec le marché du travail, une réforme de la gouvernance et un avantage compétitif sur le plan international[4]. D’autre part, la diversité des voix qui se feront entendre dans cet espace de réflexion destiné à penser l’avenir du système d’éducation québécois est assez restreinte.

 

Pendant que les enseignantes, les enseignants, les étudiants, les étudiantes, les parents et les citoyens et citoyennes dénoncent les compressions budgétaires et tentent de défendre un système d’éducation public de qualité, le gouvernement libéral semble préférer prêter l’oreille à la classe gestionnaire et à l’entreprise privée. Ce n’est peut-être pas étonnant me direz-vous, mais cela ne rend pas la chose moins déplorable.
 


[1]                Cette initiative a été lancée à la demande du Premier Ministre Philippe Couillard. La première édition (2013) portait sur la direction générale que devrait prendre le Québec, alors que la deuxième édition (2014) avait pour thème l’innovation.

[2]                Voir le « Mot du directeur du forum » : http://plq.org/forum/

[3]                Voir la description plutôt obscure du panel sur la culture générale et la « formation des citoyens » : http://plq.org/forum/programme

[4]                Pour voir en quoi ces éléments s’apparentent à une vision marchande et gestionnaire de l’éducation, lire notamment les billets suivants sur le blogue de l’IRIS : L’internationalisation de l’éducation, ou l’envers d’un buzzword à la mode, ou encore Yves Bolduc le rapport Demers et la marchandisation de l’éducation.

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