Le 1% au Québec (3) : facile d’entrer dans le club?

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Les défenseurs du modèle économique dominant nous présente la mobilité sociale comme un de ses grands avantages. L’image tant célébrée du self-made man qui, partant de rien, finit millionnaire est l’exemple type de ce rêve d’une acension sociale possible pour tous. Les données publiées hier par Statistique Canada (et dont nous avons déjà parlé ici et ici) nous permettent de vérifier un tant soit peu cette hypothèse. Est-ce difficile d’entrer dans le club sélect du 1% québécois?

D’abord mentionnons qu’il est complexe d’obtenir des données permettant de répondre à cette question. Celles que Statistique Canada nous propose ne sont pas parfaites, mais elles nous permettent d’avoir une idée. L’organisme nous informe de qui parmi le 1% le plus riche a fait partie du 5% ayant les plus hauts revenus dans les cinq dernières années. Cela nous permet de savoir si ce sont toujours les mêmes personnes qui sont au sommet de l’échelle des revenus. Le graphique 1 présente trois données distinctes : ceux qui étaient dans les 5% les plus riches il y a cinq ans, ceux qui en ont fait partie au moins une fois pendant les dernières 5 années et ceux qui ont toujours été parmi les 5% plus riches pendant ces cinq ans.

Graphique 1 : Part du 1% le plus riche ayant fait partie du 1% ou du 5% le plus riche pendant les dernières années

 

Sources: Statistique Canada, CANSIM Tableau 204-0002

C’est ici qu’entre la part d’arbitraire. Est-ce que le fait que 97% des gens qui composent le 1% d’aujourd’hui ont fait partie du 5% le plus riche dans les cinq dernières années est un signe de peu de mobilité? Il n’y pas de barème clair et on pourrait trouver des gens pour arguer que non. Cependant la diversité des données disponibles permet de se faire une idée générale de situation. Chose certaine cependant, la hausse d’environ 10% d’à peu près tous les indices dans le tableau (sauf de celui qui stagne autour du maximum possible)  n’est pas un signe d’évolution vers l’ouverture et l’inclusion.

La concentration

Une autre façon de vérifier la facilité d’entrer dans une catégorie sociale est de vérifier à quel point la richesse y est concentrée. Est-ce qu’une fois entré dans le 1% on est aussi riche que la moyenne des riches ou est-ce que, là aussi, quelques personnent concentrent tout la richesse entre leurs mains? Dans ses données Statistique Canada nous permet de voir ce qui se passe non seulement avec le 1% le plus riche mais aussi avec le 0,1% et le 0,01%. Le tableau 1 nous donne un premier indice.

Tableau 1 : Part des revenus totaux du 1%, 0,1% et 0,01% en 2010

Catégorie de revenu

Part du revenu total

Revenu et poids démographique

0,01% - 620 personnes

1%

100 fois

0,10% - 6180 personnes

3,30%

33 fois

1% - 61 700 personnes

10,60%

10 fois

Sources: Statistique Canada, CANSIM Tableau 204-0002  

 

Dans cette strate sociale, le revenu est très concentré, encore plus qu’ailleurs. Les 620 personnes les plus riches font en revenu 100 fois leur poids démographique, mais quand on les mélange avec les 61 000 autres membres du 1%, ils font ensemble « seulement » 10 fois leur poids démographique. Cette concentration est aussi visible dans l’évolution du revenu moyen de ces différentes catégories.

Graphique 2 : Revenu moyen de 1993 à 2010 en dollars constants

 

Sources: Statistique Canada, CANSIM Tableau 204-0002

 

Comme on le voit, les riches au Québec sont un club sélect où la richesse est concentrée entre quelques mains et où il est de plus en plus difficile d’entrer.

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