La semaine de travail de quatre jours en Espagne

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Il est trop tôt pour savoir si le monde d’après la pandémie sera pire ou meilleur que celui d’avant. De l’irruption du télétravail à la disparition de la bise, la crise sanitaire nous oblige en tous les cas à remettre en question un grand nombre de nos façons de faire les choses. À cet égard, l’Espagne apportera une contribution hautement prometteuse sur le front du temps de travail : elle testera la semaine de quatre jours.

Le projet pilote d’une durée de trois ans permettra d’observer les effets de l’adoption d’une semaine de quatre jours (ou 32 heures) de travail par semaine sans diminution de salaire. Le gouvernement espagnol entend créer un fonds de 50 millions d’euros qui servira à compenser les entreprises participantes qui subiraient des pertes à la suite de l’adoption de cette mesure. Le projet pilote, qui pourrait être lancé dès l’automne, sera financé à même les 140 milliards d’euros attribués à l’Espagne par l’Union européenne pour lutter contre les effets de la pandémie.

L’objectif premier de la mesure est d’améliorer la santé mentale des travailleurs et des travailleuses ainsi que de réduire l’impact environnemental de l’activité économique.

Pour convaincre le patronat d’appuyer également la mesure, l’un des arguments mis de l’avant par les promoteurs de la mesure est qu’elle pourrait avoir un effet favorable sur la productivité. Des études ont montré que les Espagnol·e·s travaillent davantage d’heures que plusieurs de leurs voisins européens, mais que la productivité n’est pas pour autant plus élevée.

Certains pensent que la fin de semaine de trois jours aura pour sa part un effet favorable sur le tourisme en plus de faciliter la conciliation travail-famille, ou simplement le repos. Un serveur confiait au quotidien El País que selon lui, bénéficier « de huit heures de plus chaque semaine pour les tâches domestiques, pour étudier ou pour s’occuper de son enfant se traduirait par un réel soulagement au quotidien ».

L’Espagne n’est pas le seul pays à envisager la semaine de quatre jours (l’idée chemine aussi en Nouvelle-Zélande ou en Allemagne), mais elle deviendrait le premier pays à la tester. Il s’agirait de l’initiative la plus ambitieuse de réduction du temps de travail depuis la fameuse adoption de la semaine de 35 heures en France en 1998.

Somme toute, 50 millions d’euros, c’est très peu pour tester un projet susceptible d’atténuer l’un des maux du siècle le plus répandu, soit le manque de temps. En proportion de la taille de l’économie, cela équivaut à une dépense de 15 millions de dollars au Québec. Dans le budget qu’il présentera la semaine prochaine, le ministre Eric Girard ne pourrait-il pas dégager cette bagatelle pour tester une idée aussi enthousiasmante ?

 

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