La part financière de notre économie

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Dans un texte très intéressant de Christian Cauvin publié dans un numéro hors-série d’Alternatives économiques, on trouve un graphique particulièrement révélateur du poids grandissant de l’économie financière. Le voici :

Graphique 1 : Dividendes et excédent d’exploitation en France, base 100 en 1993 (1993-2006)

Graphique 1

Source : CAUVIN, Christian, L’insoutenable dynamique du capitalisme financier, Alternatives économiques, Hors-série, no 97, 3e trimestre, 2013, p.31.

L’auteur analyse ainsi ce graphique : « Les entreprises n’ont pas renoncé aux voies classiques de l’endettement, en particulier bancaire. Cependant ce denier a progressé beaucoup moins vite que le financement de marché, au point de ne plus représenter désormais qu’environ un quart de leur passif, contre près de 40% trente ans plus tôt. Conséquence de ce capitalisme devenu « actionnarial », les dividendes versés aux actionnaires pour les rémunérer de leur apport en capital ont explosé, progressant beaucoup plus vite que les résultats de l’entreprise. »

À la lecture de ce commentaire, je me suis demandé ce qu’il en était de notre côté de l’Atlantique. Est-ce que les actions s’envolent ici aussi alors que les bénéfices d’exploitation sont plus tranquilles? Voici ce que nous montre l'exercice :

 

Graphique 2 : Dividendes et excédents d’exploitation au Canada, base 100 en 2000 (2000-2011)

Graphique2

Source : Statistique Canada, CANSIM, Tableau 180-0003, calcul de l’auteur.

 

Malheureusement, les chiffres disponibles à Statistique Canada ne nous permettent pas de couvrir la même période que celle choisie par Alternatives économiques. Toutefois, ces chiffres sont intéressants parce qu’ils traversent la dernière crise qui fut d’abord une crise financière.

Suivons l’évolution chronologique pour commenter le graphique. De 2000 à 2003, les bénéfices d’exploitation sont en légère baisse (entre 89 et 99), alors que les dividendes sont en hausse (de 118 à 154). Ensuite (de 2004 à 2007), les courbes suivent un parcours parallèle, mais les dividendes conservent leur avantage.

Au moment où la crise frappe, on note une grande divergence (une autre!). Alors que les bénéfices d’exploitation subissent une baisse et une remontée, les dividendes connaissent une montée fulgurante (de 208 à 355 en deux ans) et ensuite une baisse. Cela peut s'expliquer par un réflexe courant de compagnies en bourse : hausser les dividendes en période difficile pour tenter d’éviter des mouvements d’actionnaires qui vendraient. Une conséquence est qu'en pleine période de crise alors qu’on met des gens à la porte parce que les revenus d’exploitation ne sont plus suffisants, on donne plus d’argent aux actionnaires. Cette stratégie est employée même si se soucier à ce point des actionnaires serait selon un chroniqueur du Forbes l’idée la plus idiote du monde. On voit, ici encore, que les crises ne frappent vraiment pas tout le monde de la même manière.

Cela dit, voilà une autre mesure qui pourrait être complémentaire à la mesure de la financiarisation d’une économie développée par Éric Pineault inspiré de Jim Stanford (et que nous avons repris ici). Alors que Stanford fait une comparaison qui nous permet de voir la direction générale de l’économie (en comparant les actifs réels aux actifs financiers), la comparaison avancée par Cauvin, elle, nous permet de voir la divergence entre ce qui se passe effectivement dans les entreprises et les conséquences pour les actionnaires.

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